jeudi 4 juin 2020

Les homicides aux États-Unis et dans le monde : beaucoup de fausses informations et de surprises (Art.793)


On peut faire dire ce qu’on veut aux chiffres surtout quand ils concernent la répartition ethnique et notamment quand ils sont faux. Depuis quelques jours des statistiques sur les homicides aux États-Unis circulent sur les réseaux sociaux. Hélas, une bonne partie d’entre elles est fausse.


- Les victimes « Blancs » sont essentiellement tués par des Blancs à hauteur de 81% (et non 16%). Ils sont tués par des Noirs à 16% (et non 81%).

- Les victimes « Noirs » sont essentiellement tués par des Noirs à hauteur de 89% (et non 97%). Ils sont tués par des Blancs à 8% (et non 2%).

Le soi-disant Crime Statistics Bureau est une entité bidon ! Les chiffres ont été inversés et modifiés dans les fake news, selon les besoins. Ces fakes stats ont déjà été reprises dans un tweet par Donald Trump en novembre 2015 et par le polémiste Eric Zemmour sur CNews il y a deux jours. Et pourtant, en réalité, voici ce qu’il en ressort : en matière de meurtres aux USA, chaque « race » s’occupe d’elle-même, elle n’a pas besoin de l’aide de l’autre.

*

Et puisqu’on y est, pour compléter le sujet, trois séries de chiffres :

- Les 14 000 victimes de meurtres aux États-Unis sont des « Noirs » à 52,5% et des « Blancs » à 43%, c'est clair et c'est officiel. Par contre, pour ceux tués par la police, c'est plus compliqué, car il n'y a pas de statistiques officielles dans ce domaine. D'après certains médias, comme le Washington Post ou le Guardian, le nombre de Blancs tués par la police américaine dépasse en nombre absolu le nombre de Noirs. Rapportés à la démographie des deux populations, on estime qu'on a 2,5 fois plus de chance d’être tué par la police américaine quand on est Noir que lorsqu’on est Blanc. D'après le site « Killed By Police », très exhaustif sur le sujet, 1 004 personnes ont été tués par la police américaine en 2019, 24% d'entre elles étaient noires, alors les Noirs ne représentent que 13,4% de la population. Mais on sait aussi, que sur 2,2 millions de personnes incarcérées aux États-Unis (2013), 50% d’entre elles sont Afro-Américaines et 25 % des Latinos. Sans se voiler la face, on peut dire qu'il y a plus de « victimes noires » en général, mais aussi plus de « délinquance noire ». Les causes sont multiples et la situation est bien plus complexe que ne voudraient faire croire les adeptes de l'antiaméricanisme primaire. Dans tous les cas de figure, l’écrasante majorité des victimes, Noirs et Blancs, ne sont pas tués par des policiers, mais par des civils ! Houston we have a problem, et il est social.

- Les 328,2 millions d’Américains sont Blancs à 76,5% et Noirs à 13,4%. Et pourtant, un certain noir, Barack Hussein Obama, a été élu président des États-Unis à deux reprises, par les représentants de 70 millions d’électeurs américains (52,9% des 131,2 millions de votants en 2008, un record de participation ; les Noirs ne représentaient que 13% des électeurs, soit 2% de plus qu’en 2004, et les Latinos que 9%, soit 1%). Alors, pour présenter les Etats-Unis comme un pays profondément raciste, notamment dans la sphère des antiaméricanistes primaires, dans les pays arabes par exemple, il va falloir repasser !

- Elargissons le cercle de recherche et penchons-nous sur les taux d’homicide volontaire dans le monde, en se basant sur les chiffres de l'UN-ODC. Eh bien là, on a pas mal de surprises. En haut de la liste, on a les pays d’Amérique centrale, prévisible, et le Venezuela, pour lequel commandante Mélenchon était prêt à quitter l’Union européenne (entre 56 et 83 meurtres pour 100 000 habitants). Après les îles paradisiaques, dangereuses par ailleurs, on a l’Afrique du Sud, le Brésil et le Mexique (19 à 34 meurtres). Défilent ensuite des pays africains et des pays arabes . Mais figurez-vous que les Etats-Unis, malgré 300 millions d’armes à feu en circulation, n’arrivent qu’à la 90e place (avec 5,4 meurtres pour 100 000 habitants), soit la moitié du taux de la Russie, qui arrive à la 44e position (avec 11 meurtres). Et devinez qui n’est pas loin des Etats-Unis ? Mais oui, c’est le Liban ! Nous sommes à la 107e position (avec 4 meurtres pour 100 000 habitants). Autre surprise, dans les pays du Sud de l’Europe -Italie, Espagne, Portugal, Grèce- à la mauvaise réputation, il y a presque 2 fois moins de meurtres pour 100 000 habitants, que dans les autres pays européens à la bonne réputation (Belgique, France, Allemagne, Royaume Uni, Suède, etc.). Une dernière, le taux d'homicide de la Turquie est quatre fois celui de la Grèce (0,8), le taux d’Israël est deux fois celui de la Palestine (0,7). C'est la Suisse de l'Orient question homicides, on aurait tout vu !

*

Des meurtres odieux et des bavures policières, il y en a tous les jours et partout dans le monde. Le racisme a certainement joué un rôle central dans la mort de George Floyd, mais il n’explique pas entièrement ce meurtre odieux. Le sentiment de toute puissance du policier, pas qu'aux Etats-Unis, y a contribué. Toujours est-il que le racisme fait partie de l’Amérique, mais ce n’est pas l’Amérique. Il fait partie de l’Occident, mais ce n’est pas propre à l’Occident. Il est vieux comme le monde car il fait partie intégrante des êtres humains.

Le meurtre de George Floyd est odieux, mais ce fait divers ne doit pas faire oublier la réalité. Que l’on soit femme ou homme, quand on fait partie d’une minorité -que l’on soit étranger, noir ou blanc, chrétien, musulman ou juif, hétéro ou homosexuel, et j’en passe et des meilleurs- nulle part dans ce monde on peut vivre sa différence d'une manière paisible autant que dans les pays occidentaux.


mercredi 3 juin 2020

Après maintes réflexions, j’ai décidé d'installer l'application StopCovid, pour aider à briser les chaines de transmission du SARS-CoV-2 en France. Voici mes raisons, une quinzaine (Art.792)


#StopCovid France est disponible depuis mardi sur Google Play et Apple Store. L’application a fait couler beaucoup d’encre. Après maintes réflexions, j’ai décidé de l’installer. Voici mes raisons, une quinzaine.

1. J’ai confiance dans l’environnement politique qui encadre l’application, France-Union européenne, bastion de la sauvegarde des droits de l'homme, des libertés fondamentales et des données personnelles. Je ne serais pas aussi enthousiaste dans le cas de la Chine, Russie, Hongrie, Turquie, Iran, Israël, Zimbabwe, Brésil ou Liban.

2. Utiliser les progrès technologiques pour aller faire une escapade sur Mars en 2049 c’est bien. C’est encore mieux si on peut en tirer profit pour mieux lutter contre une pandémie sur Terre en 2020. Le traçage numérique des contacts est impressionnant. Il est plus rapide et plus exhaustif, il englobe même les contacts inconnus. Il a ses limites, des voisins séparés par une cloison ou deux conducteurs pris dans un embouteillage seront alertées, pour rien. Est-ce une raison suffisante pour y renoncer ? Non.

3. Son utilité est certaine, permettre de prévenir en cas de contamination par le SARS-CoV-2, les personnes qu'on a croisées les deux semaines précédentes -plus de 15 minutes à moins de 1 m- afin qu’elles puissent prendre leurs précautions pour se tester et prendre les dispositions nécessaires pour mieux protéger les personnes à risque qui les entourent.

4. L’application n’utilise pas le géo-positionnement par satellite (Galileo/UE ou GPS/USA), mais le Bluetouth, technologie d’échange entre deux téléphones se trouvant à proximité. En d’autres termes, on ne peut pas savoir où l’on a été, mais qui on a croisé.

5. Les données des personnes croisées sont codées sous forme de pseudo-identifiants, elles sont stockées sur les smartphones et effacées au bout de 14 jours. Cet historique des contacts anonymes n’est transmis au serveur central du ministère français de la Santé que si on est contaminé, et seulement si on décide de le faire savoir anonymement. Les données du serveur contiennent les ID des personnes testées positives et leurs contacts sur 14 jours. Elles sont effacées au bout de deux semaines. Le fonctionnement de StopCovid est dit centralisé. Les applications des utilisateurs interrogeront le serveur pour savoir si elles ont été à proximité d’une personne testée positive. Si c’est le cas, les personnes concernées recevront une notification pour les informer qu’elles ont été exposées à un risque de contamination et qu’il conviendrait de contacter leurs médecins traitants. Ce modèle de traçage centralisé a été adopté par la France, le Royaume Uni et l'Australie.

6. Des modèles décentralisés ont été choisis par l’Allemagne, la Suisse et l’Autriche, dont le fonctionnement dépend d’Apple et de Google, deux entreprises américaines privées. Ne sont transmis au serveur central que les ID des personnes infectées. Les applications des utilisateurs téléchargent cette base de données et vérifient si parmi les contacts stockés sur les smartphones il y a des personnes testées positives. Si c’est le cas, les personnes concernées recevront une notification. Centralisé ou décentralisé, chaque modèle a ses avantages et ses inconvénients. Les deux ont été approuvés par l'Union européenne.

7. Tout est basé sur le « libre arbitre ». On peut décider à la fois d’installer l’application ou pas, de la désinstaller sans aucune sanction, d’activer ou de désactiver le Bluetooth temporairement, de tenir compte des alertes pour se faire tester ou non, et de rentrer le code signalant sa contamination ou de ne jamais le faire. À tout moment et par un simple clic, on peut effacer toutes les données et quitter StopCovid sans regret, après l’avoir testé. What else ? 🤔

8. Même si elle n’est pas téléchargée par la majorité de la population, l'appli est efficace. Entre 0 et 100, il y a des dizaines de nuances. StopCovid vise à briser les chaines de transmission du virus.

9. Le code source de StopCovid est ouvert et l’appli est testée continuellement par des hackers pros honnêtes, toute faille de sécurité sera corrigée. Il y aura par ailleurs, une évaluation continue quant à son efficacité. Le détournement d’usage est possible, mais assez limité et à faible portée au final. Il reste illégal et sanctionné par la loi.

10. Ce n’est qu’un outil parmi d’autres pour contrôler la diffusion du coronavirus dans la société, les gestes barrières et le port du masque demeurent incontournables jusqu’à nouvel ordre.

11. Je fais partie des personnes qui se déplacent fréquemment au niveau local, régional et international. J’ai donc un risque élevé de devenir un vecteur du coronavirus, d’être contaminé par les autres et de contaminer les autres. Installer StopCovid est pour moi un geste intéressé mais aussi citoyen.

12. La pandémie est loin d’être circonscrit. Beaucoup de secteurs d’activité tournent au ralenti ou sont encore fermés (magasins, restaurants, cinémas, théâtres, salles de sports, parcs d’attraction, matchs de foot, concerts, etc.), la majorité des gens sont encore en télétravail, les transports en commun restent beaucoup moins fréquentés, les frontières sont toujours fermées, etc. Crier victoire relève de la pure bêtise. Maintenant que la situation est maitrisée et que les gens ont intégré les gestes barrières, c’est le moment idéal d’effectuer le traçage des contacts, afin de garder la courbe des contaminations basses.

13. Encore une fois la stratégie suédoise qui consiste à ne rien faire, est totalement bidon, elle relève de la mythologie. Appliquer à Paris ce que l’on fait à Stockholm, laisser faire dame nature, c’est s’assurer d’un taux de mortalité quatre fois plus élevé, densité de la population oblige. Et encore, c’est sans tenir compte des différences entre les deux pays, la taille démographique, le développement et l’utilisation des transports en commun, les données touristiques, la culture latine, l’institution de la bise et de la poignée de main, etc.

14. Récapitulons. Certains personnes sont prêtes à partager toutes sortes de données personnelles sur les réseaux sociaux, les médias, les moteurs de recherche, les sites de ventes en ligne et les grandes surfaces -qui donnent des indications précises et nominatives sur leurs opinions politiques, croyance, centres d’intérêt, résidences, goûts, joies, peines, familles, consommations, sorties, vacances, look, QI, bêtises, et j’en passe et des meilleures- dans un souci nombriliste ou pour avoir des bons de réduction, et dont le smartphone déborde de dizaines de Go de toutes sortes d’applications inutiles, sont subitement réticentes à l’idée d’installer, même temporairement pour la tester, une application de 11,5 Mo ultra-encadrée créée par un pays ultra-regardant sur l’usage des données personnelles et qui vise pourtant à les protéger et à protéger leurs proches. Avouez que nous vivons quand même dans une drôle d’époque !

15. Terminons par une anecdote. La seule petite voix qui a failli me dissuader d’installer StopCovid France, est celle de Benjamin Franklin. « Ceux qui renonceraient à une liberté essentielle, pour acheter un peu de sécurité temporaire, ne méritent ni la liberté ni la sécurité. » L’ironie de l’histoire de cette citation, qu’on utilise à tort et à travers, réside dans le fait que le père fondateur des États-Unis voulut dire exactement le contraire de ce que beaucoup de gens pensent qu’il a dit. Nous sommes au 18e siècle. La Pennsylvanie est en guerre contre les Français et les Amérindiens. L’Assemblée locale souhaite imposer une taxe sur les terres des Penn, la famille anglaise à l’origine de la colonie de Pennsylvanie, afin de financer l’effort de guerre et mieux protéger les frontières. Les Penn faisaient pression sur le gouverneur pour mettre son veto. Benjamin Franklin était scandalisé par cette immixtion partisane privée dans les affaires souveraines publiques. La « liberté essentielle » dont il parle est celle de l’Assemblée de légiférer et la « sécurité temporaire » qu’il évoque est celle de la protection des Penn. Près de 250 ans plus tard, la « liberté essentielle » serait celle de se protéger collectivement via StopCovid France, et la « sécurité temporaire » ne peut être que celle de ceux qui crient au loup, fustigent l’application et dénoncent ses risques supposés, au nom de la sécurité. Sacrée ironie 😊


dimanche 31 mai 2020

Une énième histoire nous rappelle que la législation libanaise concernant les travailleurs domestiques étrangers au Liban est complètement archaïque (Art.791)


La page et le site « This is Lebanon* » (voir PS), ont été créés il y a 3 ans. Ils sont consacrés aux abus dont sont victimes les travailleurs étrangers au Liban, notamment les domestiques. Dieu sait à quel point on peut en baver dans notre pays, que l’on soit étranger, autochtone libanais, oiseau migrateur, animal sauvage, chien errant, chat de gouttière, arbre de trottoir, pierre de taille ou même paysage reculé.

Selon le poste datant du 30 mai, une dénommée Maria Luz Villaneuva, ressortissante des Philippines, ayant servi au Liban pendant 14 ans, dont une partie chez le couple Sabah Joumblatt et Michèle Sabbagha Joumblatt, aurait été battue vers la fin de l’année 2019 par ses employeurs, avant d’être jetée en prison plusieurs mois et renvoyée dans son pays en février 2020, sans un sou en poche.

Selon la victime qui apparait dans une vidéo qui aurait été enregistrée aux Philippines, les Joumblatt lui devaient 25 000 $ d’arriérés de salaire, alors qu’ils détiendraient des résidences à Beyrouth (Achrafieh, Koraïtim, Mar Elias), Baabdat, Saïda et Jounieh (un immeuble de 7 étages). Pour ne pas la payer, ils l’auraient accusé du vol d'un, puis de deux et même de trois manteaux luxueux, à 7 000 $ la pièce, lors d’un déménagement et l'auraient menacé de la jeter en prison. La victime aurait tenté de se jeter du balcon de l'appart, des travailleurs syriens l'auraient retenue. Lui, serait un rentier sans emploi, présenté comme un cousin de Walid Joumblatt, chef du Parti socialiste libanais. Elle, avocate, travaillant d’après la victime, pour le gouvernement libanais et Blom Bank.

Soyons clairs, je ne suis pas en mesure de vérifier la véracité de ce témoignage. Mais si l’histoire est vraie, elle est ignoble, elle fait froid dans le dos. Si l'histoire est fausse, la démarche est diffamatoire et infâme. Dans tous les cas de figure, le ministère public devrait se saisir de l'affaire afin de rendre la justice, personne ne devant être au-dessus de la loi au Liban. Il faudrait alors rendre à la victime, l'employée philippine ou le couple d'employeurs libanais, ses droits et sa dignité.

En attendant, une chose est sûre et certaine, cette énième histoire nous rappelle encore une fois que la législation libanaise, et même moyen-orientale arabe, concernant les travailleurs domestiques étrangers au Liban, mais aussi dans les pays du Golfe, est complètement archaïque. De l'aberrant principe du parrainage (كفالة pour faire venir une employée de maison de l'étranger) au fonctionnement des agences de recrutement chargées de l'offre et de la demande (les frais de dossier engagés ; le fait que n'étant pas libres de changer d'employeurs, les employées se retrouvent de facto prisonnières de ces derniers), en passant par les innombrables pratiques abusives (les conditions de logement ; les horaires de travail ; les congés et les vacances ; les contrôles administratifs ; etc.). De ce fait, cette législation doit être revue et corrigée en profondeur. Non seulement elle fait de nombreuses victimes parmi cette population vulnérable, comme en témoignent les nombreux faits divers rapportés régulièrement par les médias libanais, mais elle nuit gravement à la réputation du Liban et à l’honneur des honnêtes citoyens du pays du Cèdre.

L’histoire de Maria Luz Villaneuva a été partagée plus de 1 100 fois en moins de 48 heures, c'est pour dire que le narcissique chef du gouvernement libanais Hassann Diab devrait quitter son beau miroir un moment et se résigner à ne pas se teinter les cheveux la semaine prochaine, afin de prendre tout son temps pour se pencher d'urgence sur ce chantier législatif. Et avant que je n'oublie, la prochaine fois que sa femme implore les Libanais du haut sa tour d'ivoire du Grand Sérail d'accepter les petits boulots, de femmes de ménage et de domestiques, il faudra s'assurer auparavant que les gens aient des conditions de travail dignes et qu'ils soient payés à temps !

PS : Cela étant dit, la page « This is Lebanon » devrait envisager de changer de titre au plus vite, si ses auteurs veulent être pris plus au sérieux et ratisser large notamment au sein de la population libanaise, afin d'espérer changer les lois en vigueur et améliorer la protection des travailleurs domestiques étrangers au Liban. La bonne cause qu’elle défend, à laquelle nombreux Libanais adhèrent bien entendu, ne pourrait justifier ce titre clairement diffamatoire pour le pays du Cèdre et tous ses habitants. A moins que ça ne soit l'objectif ! C’est comme si on réduisait les Etats-Unis à l’affaire George Floyd et aux bavures policières raciales. Cela fait partie de l’Amérique, mais ce n’est pas l’Amérique. Les Etats-Unis resteront un grand pays, malgré leurs défauts. Idem pour le Liban, les abus font partie du Liban, mais ce n'est pas le Liban, nuance. Toute généralisation est par essence injuste, injustifié et stupide. « C’est cela aussi le Liban » conviendrait mieux.


vendredi 29 mai 2020

Affaire George Floyd, la énième bavure policière visant un Noir aux Etats-Unis : la nécessité de mettre un terme au sentiment de toute puissance du policier américain blanc (Art.790)


🇺🇸 Des homicides odieux se produisent quotidiennement aux quatre coins du monde. Des bavures policières abjectes surviennent régulièrement, pas seulement aux États-Unis. La mort de George Floyd est un homicide odieux et une bavure policière abjecte. C’est ignoble mais le scandale est ailleurs.

Ce qui révolte dans la mort de cet Américain noir par des policiers blancs le 25 mai, c’est un faisceau de trois éléments:

- Primo, l’attitude et le geste ahurissants des quatre policiers blancs, notamment de celui qui a donné la mort. George Floyd est soupçonné d’avoir utilisé un faux billet de 20$. Il est arrêté, puis plaqué par terre sur le ventre et menotté dans le dos. Il n’a montré aucun signe de résistance à son arrestation. Et pourtant, son meurtrier va poser son genou sur son cou. Alors qu’il va répéter à plusieurs reprises « je ne peux pas respirer » et que des témoins de la scène alertent les flics sur l’état de la victime, les trois policiers complices ne branchent pas et le policier-meurtrier maintiendra son genou sur le cou, pendant sept interminables minutes !, tout en exhortant la victime de se calmer.

- Secundo, les sentiments de toute puissance et de racisme qu’on retrouve chez certains policiers américains blancs. Le meurtre de George Floyd rappelle tant d’autres, notamment celui d’Éric Garner, un Afro-Américain du même âge tué à New York en 2014. Ça s’est passé à peu de choses près de la même façon : le motif de l'arrestation est sans gravité (il est soupçonné de vente illégale de cigarettes), l’étranglement pour assurer l'immobilisation, la scène est filmée par des témoins et la victime de l’époque ne cessera de crier elle-aussi « je ne peux plus respirer », en vain.

- Tertio, une certaine impunité des policiers blancs aux États-Unis. Derek Chauvin, le policier-tueur qui a causé la mort de George Floyd, fait l’objet de 18 plaintes en 20 ans de carrière, il est même impliqué dans trois interpellations mortelles (2006, 2008 et 2011). Pour beaucoup moins que ça, on est viré de son job sans sommation aux États-Unis. Le policier-tueur d’Éric Garner en 2014 n’a été limogé par le NYPD que cinq ans plus tard (2019) et il n’a fait l’objet d’aucune poursuite judiciaire. Certes, les quatre flics impliqués dans le meurtre de lundi ont été viré de la police. Mais il a fallu trois jours de protestations et d'émeutes à Minneapolis pour qu'au cinquième jour après le crime, le tueur soit arrêté et inculpé d'homicide involontaire. Et encore, nous sommes loin de la condamnation et rien ne garantira qu'il écopera d'une peine proportionnelle au crime qu'il a commis. Rajouter à cela que les policiers complices du meurtre sont toujours libres et ne sont pas inquiétés pour l'instant.

Cette nouvelle affaire nous rappelle non seulement que la vie est sacrée, mais aussi qu'il est grand temps de mettre un terme au sentiment de toute puissance du policier américain, surtout s'il est blanc de peau.

#BlackLivesMatter
#BlueLivesMatter
#AllLivesMatter
Et même, #PalestinianLivesMatter , tiens 🤔


Réflexion de confinement : s’interroger sur l’influence de certaines activités humaines sur la qualité de vie ! Cas Disneyland Paris (Art.789)


Plus de 15 millions de visiteurs par an pour le divertissement, 42 000 par jour en moyenne, et 16 500 employés à l’œuvre, pour faire tourner la machine économique. C’était une ville à part entière avec ses lieux de divertissement, sa gare, ses hôtels, ses restaurants, ses boutiques, ses cinémas. Et pourtant, malgré le déconfinement du 11 mai, il n’y avait personne en cette belle fin de journée printanière, hier, sur les 22,5 km2 du domaine de « Disneyland Paris ». Wala doumaré, quelques chats faisant la sieste et des oiseaux qui s’en donnaient à cœur joie. Le calme régnait sur cette contrée du pays d’entre les deux fleuves, la Seine-et-Marne. Fermés depuis le 14 mars 2020, à cause de la pandémie de Covid-19, les deux parcs d’attraction n’ouvriront pas avant le 22 juin, au minimum.

L’ambiance est inquiétante pour certains, apaisante pour d’autres, surréaliste pour tous. La reprise progressive des activités économiques en France, au Liban et partout dans le monde, s’accompagne d’une augmentation de l’agitation humaine et d’une hausse générale du niveau acoustique dans les villes. Les voitures, les motos, les embouteillages, les marteaux-piqueurs, les interminables chantiers, les couloirs aériens, les afflux touristiques, les pompes à eau, les karchers, les aspirateurs, les taille-haies, les tondeuses, et j’en passe et des meilleurs, la liste des bruits parasites qui nous pourrissent la vie est bien longue, hélas.

Malgré le drame humain et économique de la pandémie, le confinement nous a donné une chance inouïe de ralentir notre rythme de vie et de baisser les décibels générés par nos activités individuelles et collectives. Il nous a donné la chance inouïe de déguster un autre mode de vie, mais aussi de consacrer plus de temps à la réflexion. Double raison pour aller jusqu’au bout ! Aujourd’hui, on ne peut que s’interroger sur l’influence de certaines activités humaines sur la qualité de vie. On doit le faire. Nom de Dieu, ne pouvons-nous pas vivre et travailler, se divertir et prospérer, aller et venir, en « mode silencieux », enfin, en générant moins de bruit, comme les hiboux* par exemple ? Ça serait chouette* quand même ☺️

* Contrairement aux autres oiseaux, le vol de ces rapaces nocturnes ne génère aucun bruit ! Zéro décibel. Il est d’une élégance incroyable. Ces animaux sont des merveilles de la nature pour un tas de raisons. Et ce n’est pas par hasard, que cette dernière était le symbole de l’Athènes antique.


jeudi 21 mai 2020

Un imposteur nommé Walid Joumblatt : « L'Occident ne peut que revenir à ses origines coloniales » (Art.788)


Deux tweets le même jour, l'un en français, l'autre en arabe, c'est que le beik veut faire passer un message important. Patience, j'y reviendrai, commençons par le personnage. Walid Joumblatt a réussi à tromper son monde. Hariri, père et fils, malgré les couacs. Berri, en temps de paix et de guerre, à part quelques escarmouches. Geagea et Gemayel, récemment mais il n’y avait rien de durable. Aoun et Bassil, ponctuellement. Avec Nasrallah le rapport de force est inversé, c'est la carotte et le bâton, très efficace. Le chef druze est insaisissable. Comme un poisson, vous avez l’impression de l’attraper, et hop, il vous file entre les mains.

A l’étranger, il a séduit beaucoup de monde aussi, des néo-orientalistes. Pas spécialement de son club, l’Internationale socialiste. Il y a eu bien sûr les deux François et présidents de la République française, Mitterrand et Hollande. Ce dernier l’a reçu un jour de juillet 2015, pour faire la connaissance de l’héritier du trône de Moukhtara svp, Teymour. Oh, à force d’être invité à Paris, le beik connait l’Elysée comme sa poche. Dieu merci, Macron n’est pas tombé dans le piège ! Dans le filet, on y trouve même Marion, la benjamine des Le Pen, une dynastie de l’extrême droite française, qui a rendu visite au beik mais pas au hakim, en octobre 2019, soit dit au passage.

Il faut dire que le chef du Parti socialiste progressiste libanais a quelque chose de séduisant. Pas au niveau politique voyons ! Ce seigneur féodal, affairiste avéré, est aussi socialiste que je suis bolsonariste. Pas au niveau des principes non plus. Le fils de Kamal a commencé sa carrière en 1977 en s’alliant avec l’assassin de son père, Hafèz el-Assad, pour combattre la « droite chrétienne ». Une vassalité poursuivie avec le fils, le tyran de Damas, Bachar el-Assad, de 2000 jusqu’en 2005. Oh, la rupture n’a pas duré longtemps. En 2010, il était de nouveau à Damas. Et pas qu’une fois, mais plusieurs fois, même après le déclenchement de la révolte syrienne. Il aidera le Hezb à virer Saad Hariri en 2011, comme le souhaitait l’axe Téhéran-Damas. La réconciliation avec la Syrie, a duré un temps. Belote et rebelote. Vous avez déjà le vertige ? Normal, « la girouette » est le surnom de Walid beik.

*

Ce qui séduit chez Walid Joumblatt, c’est plutôt son originalité et sa culture. Sauf que d’après l’écrivaine Françoise Sagan « la culture, c'est comme la confiture, moins on en a, plus on l'étale ». Ce n’est pas que le beik n’en ait pas, mais il en fait mauvais usage. La preuve, lundi.

A peine réveillé, il balance deux tweets sur la pandémie de Covid-19. L’un en français et l’autre en arabe. Ils sont censés dire à peu près la même chose, sauf qu’il y a une grande nuance entre les deux.
- A son public francophone, Walid Joumblatt dit : « L’histoire se répète dans les moments de grandes crises. Trump avant le coronavirus s’était lancé dans une guerre commerciale contre la Chine. Aujourd’hui c’est l’accusation de la Chine d’avoir provoquer le virus. Sommes-nous devant une nouvelle guerre d’opium? »
- A son public arabophone, il avait ajouté un détail : « L'Occident ne peut que revenir à ses origines coloniales. Aujourd'hui, nous assistons à une guerre froide à haut risque de la part de l'Occident qui exige de la Chine une indemnisation colossale sous prétexte qu'elle est responsable de la propagation de la pandémie de Coronavirus. L'Occident ne veut la Chine qu’un marché pour lui. Souvenez-vous des guerres de l'opium au XIXe siècle et l'occupation de la Chine afin de commercialiser l'opium. »

Vous avez noté la nuance et le détail entre l’arabe et le français ? J’y reviendrai plus loin. La guerre de l’opium désigne un conflit commercial survenu de 1839 à 1842 entre le Royaume-Uni, qui avait le monopole de la vente de l’opium dans l’Empire du Milieu (depuis 1773 déjà !), et la dynastie Qing qui régna sur la Chine de 1683 à 1912, qui s’y opposait. Elle a connu un deuxième round (1856-1860), au cours duquel la France et les Etats-Unis sont venus prêter main-forte au Royaume-Uni. Les deux guerres se sont soldées par la défaite de la Chine. Qu'en est-il aujourd'hui ? Eh bien disons que 170 ans plus tard, c’est exactement l’inverse qui se produit. C’est la Chine qui exerce une hégémonie économique sur le monde. La pandémie de Coronavirus a montré l’effroyable dépendance de ce dernier à l'égard de ce géant d'Asie. Il n’y a qu’à voir les bilans commerciaux. Le déficit commercial des Etats-Unis face à la Chine n’a cessé de grossir au fil du temps. Il est passé de 200 milliards $ en 2005 à 419 milliards $ en 2018. C’est la raison de la guerre commerciale déclenchée par Donald Trump, à juste titre. Avec l’Union européenne, même topo, plus de 200 milliards $/an de déficit. Ainsi, la réflexion de Walid Joumblatt est le moins qu’on puisse dire à côté de la plaque.

*

Mais le plus grave ce sont les propos diffamatoires de Walid Joumblatt à l’égard des pays occidentaux. « L'Occident ne peut que revenir à ses origines coloniales. » Oh le chef du PS est un habitué des réflexions méprisantes, comme avec la communauté maronite du Liban en 2008 par exemple, qui a été qualifiée de « mauvaise graine » à huis clos. Le beik commet la stupide erreur de réduire la glorieuse histoire de l’Occident à la parenthèse coloniale. Son mépris ne permet pas d’expliquer pourquoi tant d’ex-colonisés ne pensent qu’à immigrer chez leur ex-colonisateurs, et pas en Chine, dans les pays arabes ou en Afrique. Il prouve qu’au fond, l’âge ne lui donne pas de la sagesse et n’atténue pas sa rancune de jeunesse. N’en déplaise au beik, l’Occident reste un havre de paix, de sécurité, de prospérité, de démocratie, d'égalité, de fraternité, et surtout, de liberté. Il ne l’a pas toujours été. Mais aujourd’hui, il fait si bon d’y vivre.

La réflexion de Walid Joumblatt est abjecte pour trois raisons.

. Primo, à cause de son timing. Au moment où le gouvernement libanais cherche désespérément à obtenir le soutien financier des pays occidentaux, une douzaine de milliards $ quand même, pour sauver le Liban de l’effondrement général dû à l'incompétence et la corruption de sa classe politique, Walid Joumblatt en tête, le beik a raté une bonne occasion de la fermer.

. Secundo, à cause de la charge haineuse qu'elle contient. D'après le beik, « l'Occident ne peut que revenir » à cela, c'est inéluctable, il est donc condamné à être « colonial » ad vitam aeternam. Les naïfs occidentaux sauront désormais à qui ils ont affaire, un hypocrite qui fait semblant d'être ouvert à l'Occident.

. Tertio, à cause du positionnement politique qu'elle reflète. Libre au leader socialiste libanais de défendre le Parti communiste chinois, mais il ne peut pas nier à moins de jouer à l’autruche, qu’une écrasante majorité des pays du monde soutient l’initiative australo-européenne pour mener une « enquête indépendante » sur la gestion de l'épidémie par l’OMS, et indirectement par la Chine.

Et pour cause, le régime totalitaire en Chine a trompé le monde sur l’ampleur et la dangerosité de la nouvelle maladie. Même l’Iran l’a reconnu ! Par son incompétence il a transformé l’épidémie en une pandémie aux conséquences désastreuses sur les plans humains et économiques, et dont on n’a pas fini d’en payer le prix. Il est donc normal de lui demander des comptes. Si le beik a eu la chance d’échapper au questionnement et au jugement en 43 ans d’une carrière milicienne et politique truffée de fautes et de trahisons, l’imposteur doit comprendre que ce n’est pas la règle en Occident 🤫


samedi 16 mai 2020

Le Liban demande la confiance et un financement de la communauté internationale, alors qu'il n'est toujours pas décidé à contrôler sa frontière avec la Syrie (Art.787)


« Aide-toi, le Ciel t’aidera », conclut La Fontaine une de ses fables, Le Chartier embourbé. Eh non, ça ne vient pas de la Bible. Le Liban est également embourbé, sauf que ses chartiers ne s’aident pas, mais espèrent naïvement que le Ciel les aidera.

Après des mois de tergiversations, le gouvernement de Hassann Diab s’est décidé enfin à demander l’aide du FMI. Pour ce faire, il a présenté un plan de réformes. La propagande officielle voudrait nous faire croire qu’il est « historique ». Et comment ! Officiellement le dollar américain passera à 4 300 LL. Qui avait 100 $ sur son compte dans la monnaie nationale, n’aura plus que 33 $ sur son relevé. نعيماً pour le haircut.

En contrepartie, le pays du Cèdre espère obtenir des aides financières conséquentes pour redémarrer la machine. Une dizaine de milliards de dollars, rien que ça. En pleine récession au niveau mondial où le surendettement menace les potentiels donateurs, les pays arabes et occidentaux, certains compatriotes ont espéré que le pouvoir en place, le quintette Aoun-Bassil-Diab-Berri-Nasrallah, aura l’intelligence de se montrer bon élève. Que de naïveté !

*

Au commencement du nouveau chapitre de l’histoire, il y a le scandale du trafic d’hydrocarbures et de farine vers la Syrie, des produits achetés en devise étrangère, le dollar, et dont le prix de vente est soutenu par la Banque du Liban. Scandale à triple dimension, le dossier est accablant. Jusqu’où remontera l’enquête, si enquête il y aura ? Nulle part. Et pourquoi ? A cause de « l’anomalie » que constitue la situation du Hezbollah au Liban.

Le scandale cache en réalité un problème de plus grande importance, celui des frontières grandes ouvertes entre le Liban et la Syrie. Ce fut déjà le cas tout au long de l’occupation du Liban par la Syrie, de 1976 à 2005. Beaucoup de compatriotes ont espéré un changement radical à la seconde indépendance. Mais c’est sans compter avec les deux camps politiques du Liban.

. D’une part, les pro-Assad. Ils sont légion. C’est la majorité d’aujourd’hui. C’est le camp du 8-Mars d’hier, celui qui s’est formé place Riad el-Solh derrière le slogan « Merci la Syrie des Assad », Nasrallah, el-Sayyed, Frangié et Berri notamment. A la formation originelle se sont joints en février 2006, Aoun et Bassil.

. D’autre part, les anti-Assad au Liban, le fameux camp du 14-Mars de la place des Martyrs, Hariri, Joumblatt et Geagea notamment, qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Il n’a jamais eu le courage d’avoir les moyens de ses ambitions. Il est mort de sa belle mort, en soutenant en 2016, deux figures importantes du camp adverse, les pro-Assad, Frangié et Aoun, pour la présidence de la République.

La situation s’est considérablement détériorée entre 2011 et 2014, lorsque le camp du 8-Mars, a pu accéder seul au pouvoir, grâce à la volte-face de la girouette de Mekhtara, W. beik. Le pouvoir, la coalition formée autour du président Sleimane et du Premier ministre Mikati (Nasrallah, Berri, Joumblatt, Frangié, Diab lui-même, Bassil, Aoun, etc.), a tout fait pour garder les frontières libano-syriennes grandes ouvertes à tous les trafics et dans les deux sens. Cette politique a eu trois conséquences nuisibles : l’implication du Hezbollah dans le bain de sang de la guerre civile syrienne ; l’afflux de millions de réfugiés et de déplacés syriens (moitié de la population libanaise, un casse-tête sans solution à moyen terme) ; l’installation des jihadistes syriens sur les versants ouest de l’Anti-Liban.

*

Belote et rebelote, les ex-8-Mars sont de retour en janvier 2020, seuls comme en 2011-2014, à cause des caprices de Hariri et des orientations à courte vue de Geagea-Joumblatt. Le pire est à craindre. Alors que le scandale du trafic fuel-farine exige le contrôle de la frontière syro-libanaise d’une main de fer, le gouvernement de Hassann Diab ne fera rien dans ce sens, parce qu’il est hezbollahi compatible et le hezb ne le souhaite pas.

Son chef l’a fait savoir officiellement jeudi. C’était à l’occasion de la commémoration de la mort de Moustafa Baddreddine en Syrie (2016). Le présumé cerveau de la cellule terroriste qui a organisé et exécuté le projet d’assassinat de l’ex-PM du Liban, Rafic Hariri, et de 21 autres personnes, poursuivi par un tribunal international dans ce meurtre odieux, a été qualifié avant-hier de « grand chef jihadiste, bien-aimé et cher frère ». Malgré cela, le gouvernement et la ministre de la Justice, sont restés aux abonnés absents. Et ça va demander une aide internationale !

. Le chef du Hezb a insisté sur « le rétablissement de relations de coopération normale entre le Liban et la Syrie, qui serait soi-disant dans l’intérêt du Liban plus que de la Syrie, et nous permettrait d’exporter nos produits vers l’Irak via la Syrie ». C’est comme si les règnes de la tyrannie des Assad père et fils, au Liban et en Syrie, ne sont entachés ni de terreur et ni d’horreurs.

. Il a affirmé que « le poids de la contrebande entre le Liban et la Syrie est surestimée et son contrôle impossible, il est au-dessus des moyens de l’armée libanaise ». Le dénigrement de l’institution militaire comme toujours, pour justifier la pérennité de l’anomalie de la milice du Hezb au Liban.

. Hassan Nasrallah a sous-entendu que « le passage des miliciens et des armes du Hezbollah par la frontière syro-libanaise est hors de débat ». La souveraineté libanaise reste donc privatisée jusqu’à nouvel ordre.

. Il a « refusé catégoriquement que le Liban demande la contribution de l’ONU pour l’aider à sécuriser la frontière syro-libanaise ». Non seulement l’ONU en serait incapable mais ça serait selon le chef du Hezbollah un des objectifs israéliens de la guerre de Juillet 2006 et cela affecterait la force de dissuasion qui protège le Liban face à Israël ». Mais voyons, c’est une telle force de dissuasion qu'en 2006, Israël a pu s'acharner sur le Liban pendant 33 jours (tuant 1500 personnes, déplaçant 750 000 personnes et occasionnant une douzaine de milliards $ de pertes et de dégâts); que depuis 2006, le chef du Hezb est obligé de préenregistrer ses discours dans un bunker et de ne pas dormir deux nuits de suite dans le même lit ; et que depuis 2011, Israël bombarde les bases du Hezb et de l’Iran en Syrie, quand et comme bon lui semble.

*

Le contrôle de la frontière entre le Liban et la Syrie, on en parle depuis la nuit des temps. En vain. Les ex 8-Mars ne veulent pas en entendre parler et les ex 14-Mars n'ont jamais eu le courage d’avoir les moyens de leurs ambitions. Le timing du discours de Hassan Nasrallah ne doit rien au hasard. Il vise à saboter la démarche entreprise par le gouvernement libanais de Hassann Diab auprès du FMI, surtout après le succès du premier round des discussions pour obtenir la douzaine de milliards de dollars promis par la conférence CEDRE en 2018 à condition de faire des réformes. Le chef du Hezb veut rendre la route de Damas comme la seule voie de secours pour le Liban, pour nous placer au ban des nations avec la Syrie et l'Iran. Il veut aussi rendre Bachar el-Assad comme le grand sauveur du Liban, alors qu'il sera le fossoyeur du pays du Cèdre, il ne pense qu'à sa colonisation via les réfugiés syriens d'ailleurs. Le discours n’a suscité aucune réaction de la part des alliés du Hezbollah, Michel Aoun, Hassann Diab, Gebrane Bassil et Nabih Berri. Et dire qu'ils espèrent convaincre le FMI de leur faire confiance ! C’est méconnaitre et le FMI et les pays donateurs et cette fable de La Fontaine, « Aide-toi, le Ciel t’aidera ».


mardi 12 mai 2020

Première journée de déconfinement à Paris : récit, premières impressions et matière à réflexion sur la pandémie en France et au Liban (Art.786)


Première journée de déconfinement hier à Paris, première journée d’intervention. Récit, premières impressions et matière à réflexion, sur la pandémie en France 🇫🇷 et au Liban 🇱🇧

• C’est comme si tout n’était qu’un rêve. Ce qui est fabuleux et inquiétant chez les êtres humains sur Terre, c’est leur faculté d’ADAPTATION et d’OUBLI 🤔

• Les villes du monde ont toujours un AIR DE CAMPAGNE, on ne va pas s’en plaindre !

• La vie reprend progressivement, mais ici les rues sont moins fréquentées que d'habitude. On dirait que le monde entier est sur le MÊME FUSEAU HORAIRE, un DIMANCHE MATIN. L'ambiance dans les transports en commun parisiens, dans la photo le RER-B vers 14h30!, est digne d’un lendemain de réveillon, au moins sur mon trajet. A Paris comme à Beyrouth, il n'y a pas de doute, les populations se réveillent avec une gueule de bois.

• Le port du MASQUE dans la RUE ou dans les voitures, est observé par à peine 10% des personnes, un peu plus dans certaines zones. Dieu merci, la France reste un pays latin et le Liban un pays méditerranéen. Non à l'obligation d'en porter quelqu'en soient les circonstances. Il faut que ça soit justifié par un risque avéré.

• Le port du MASQUE obligatoire dans les TRANSPORTS en commun où le risque de contamination est élevé, est respecté par 95% des usagers, par civisme, égocentrisme et simplement pour éviter les 135 € d’amende, au choix ou les trois à la fois.

• Couleurs, formes, matières, les MASQUES sont plus LAIDS les uns que les autres. Vivement que les stylistes s'en mêlent surtout que la mode est appelée à durer ! L’horreur ce sont ceux en bec de canard, le masque-sopalin de la ville de Paris et le masque-serpillière de la ville de Lyon. Mais aussi tous les masques fixés derrière les oreilles, soit 99% d'entre eux. Pas de doute, il faut que je fabrique le mien. J’ai la forme, un prototype, comme une coque de chevalier du Moyen-Age, pas plissé, dégagé un peu sous les yeux, fixation par élastique derrière la tête, comme ceux des chirurgiens, pas les oreilles, avec peut-être des coussins pour éviter la formation de la buée sur les lunettes.

• Première COLÈRE de la journée, un constat, 95% des MASQUES portés sont JETABLES, en France comme au Liban et partout ailleurs. Ils sont là les milliers de millions de masques promis aux populations, essentiellement « Made in China ». Pathétique. La pandémie de Covid-19 ne peut pas être une occasion de gaspiller l’argent public et les ressources de la Terre, et pire encore, de recourir à des matières dérivées des énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon), comme le polypropylène, le polystyrène, le polycarbonate, le polyéthylène et le polyester, pour fabriquer des masques chirurgicaux qui ne serviront que 4 heures et finiront au milieu des trottoirs, dans les décharges, incinérés ou sur le « 7e continent » (soupe de déchets plastique du Pacifique nord). Et comble de l’absurde, si on respecte les règles d’usage, ils coutent 4 fois plus cher (à raison de 2 usages/j, 36€/personne/mois contre 9€ si on les achète, voire 0€ si on les fait soi-même !). On est entre l’absurde, la bêtise incarnée et le grand scandale ! Oui c’est une faute impardonnable de tous les pouvoirs publics du monde. Mais pas uniquement. Ils m’étonnent tous ces gens en France, au Liban et ailleurs, confinés depuis des semaines et des mois et même pas fichus de consacrer une demi-heure pour coudre quelques protections rhino-pharyngées avec le tissu d’un vieux pantalon ou de draps, mais toujours prêts à râler et à critiquer les Etats et leur gestion des masques ! Tous coupables. Le masque chirurgical doit être réservé au personnel médical, aux personnes à risques et aux malades, point barre.

• Autre colère, les GANTS, très à la mode au Liban. Nom de Dieu, ça ne sert absolument à rien en dehors de l'hôpital et si on ne fait pas partie du personnel médical, à part à gaspiller les ressources de la Terre et l'argent public et privé. Le lavage des mains à l’eau et au savon est largement suffisant.

• Les frotteurs du métro sont en voie d’extinction il me semble, grâce à la distanciation sociale, sauf sur les lignes populaires, la 13 par exemple.

• Le sticker collé sur les sièges des rames parisiennes semble être une énigme pour certains. Une nette majorité d’usagers a compris qu’il désigne le siège à ne pas occuper pour respecter la distanciation sociale, mais une petite minorité croie exactement le contraire, qu’il s’agit du siège à occuper. Et pourtant le dessin est parlant et le message est clair, « Pour notre santé à tous, laissons ce siège libre ». Cela me rappelle un compatriote libanais qui croyait qu’il fallait centrer la voiture sur une des lignes de guidage de l’autoroute et non rouler entre les traits blancs.

• Première POIGNÉE DE MAINS, par réflexe, sauf que je ne me suis pas gêné pour aller aussitôt me laver les mains en balançant avec le sourire, « sans offense ».

• Pas de BISES, ni d'embrassades ni d'accolades pour l’instant, même si j’y tiens, pas à tout va, mais après une absence et une séparation. En tout cas, c’est trop tôt pour reprendre ces pratiques.

*

• Première DISCUSSION « live », enfin officielle disons, une occasion de concentrer deux mois de RÉFLEXIONS en quelques grandes lignes.

- La lourde responsabilité du régime communiste chinois d’avoir transformé l’épidémie en une pandémie est indiscutable.

- La certitude que nous n’aurions pas eu une pandémie si le virus était apparu à Paris, Berlin, Rome, Londres, Sydney ou New York, dans un pays démocratique occidental, est incontestable.

- La nécessité de diminuer la dépendance du monde de la Chine et de relocaliser certaines usines. A force de baisser les coûts et augmenter les profits, aujourd'hui, non seulement 60% du paracétamol consommé dans le monde est produit en Chine, mais comble de l'absurde, un régime communiste contrôle une grande partie de l’économie mondiale, alors que la première puissance économique, libérale et démocratique, les Etats-Unis, s'enfonce dans l'isolationnisme. C’est tout de même surréaliste !

- Le confinement général était incontournable, prétendre le contraire relève de l'hérésie, à moins d'accepter la surmortalité dans les populations, notamment un taux de mortalité prématurée élevé.

- Les comparaisons des statistiques des pays au sujet de la pandémie est ridicule, tellement les paramètres sont nombreux. Un exemple, Stockholm c'est 1 million d'habitants sur 200 km2, Paris c'est 2 millions d'habitants sur 100 km2, appliquer à Paris ce qu'on fait à Stockholm, c'est s'assurer d'avoir 4 fois plus de contaminations. Autre exemple, la France c'est près de 90 millions de touristes par an, l'Allemagne c'est moins de 39 millions, soit près 2,5 fois plus de risque potentiel de diffusion du virus pour l'Hexagone. A ce propos, ce n'est pas par hasard que les 4 pays les plus touristiques au monde, France/Espagne/Etats-Unis/Italie sont aussi les 4 pays les plus touchés par la pandémie de Covid-19. Rajoutez la démographie, la répartition de la population par tranches d'âge, la fréquentation des transports en commun, le mode de vie, la discipline, la fiabilité des chiffres, l'attachement aux libertés fondamentales, et j'en passe et des meilleurs, tout cela rend ce travail de comparaison complexe, pas simpliste.

- Les modèles sud-coréen, allemand, suédois et bien d'autres, relèvent de la mythologie. Je m'explique, une stratégie de lutte contre le Covid-19 qui n'est pas transposable d'un pays à un autre, n'est pas un modèle à suivre. Il y a autant de modèles que de pays, libanais compris.

- Jamais l'expression "Cool Raoul(t)" n'a été aussi juste, n'est-ce pas Didier ?

- Fermer les parcs et jardins et s'étonner des piques-niques et apéros organisés aux bords du Canal Saint-Martin à Paris après 7 semaines de confinement et par une belle journée printanière, relève de la bêtise. Avis au gouvernement français, au préfet de police et à la maire de Paris.

- Ne pas voter le plan d’aides de 1 200 milliards LL aux Libanais en difficulté le 22 avril et s'étonner que le peuple qui subit une triple crise économique, sociale et sanitaire descend dans la rue pour crier sa colère, relève de la stupidité. Avis au gouvernement, aux députés et aux leaders libanais.

- Au niveau des pays comme au sein de chaque population, soit on s’en sort tous ensemble, soit personne ne s’en sortira vraiment, le non-respect des lois par toutes et tous n’est pas une question d’opinion, mais d’amende.

- Etant donné la diffusion large de nouveau Coronavirus dans les sociétés, le retour à la normale ne se fera pas avant le milieu de l’année 2021, par éradication du SARS-CoV-2 grâce aux mesures sociales et par immunisation naturelle de 66% des populations, voire par vaccination, ce qui n’est pas à l’ordre du jour. Plutôt on le comprendra, mieux on résistera.

- En attendant, nous devons redémarrer la machine économique nationale et mondiale, tout en adoptant une « économie de guerre ». Plutôt on le comprendra, mieux on s’en sortira.

- Afin d’éviter de nouveaux pics d’infections et d’hospitalisations, et de surcharger le personnel médical, nous devons perdurer le télétravail, le téléachat, l’automatisation, les gestes barrières, la distanciation sociale, le sens civique, la solidarité, etc.

- Il faudrait sans doute développer de nouvelles pratiques sociales, provisoirement, comme le port du masque dans les magasins/cinémas/hôtels/lieux de culte/avions ; le port de visière dans les restaurants/cafés/pubs/musées/expos/trains, etc.

*

• S’il faut résumer notre nouveau MODE DE VIE en une comparaison, disons que le « masque » dans la pandémie de SARS-CoV-2 sera l’équivalent du « préservatif » dans la pandémie du VIH et le « confinement » vaut et vaudra une « abstinence », avec une triple nuance, le coronavirus est l'affaire de toutes et de tous, il est moins meurtrier et il sera moins durable. Si nous devons faire qu'un seul reproche aux gouvernants politiques en France comme au Liban et ailleurs dans le monde, au corps médical, aux médias, et surtout à l'OMS, ça sera celui portant sur le cafouillage au sujet de l'importance du PORT DU MASQUE dans la lutte contre le Covid-19. C'est un raté monumental. Oui il fallait réserver les masques aux professionnels de santé, mais il fallait dire aussi, depuis le 31 décembre 2019, mettez ce que vous voulez sur le nez et la bouche -un foulard, un col roulé, un masque de nuit, le soutien gorge de votre dulcinée ou le slip à bosse de votre prince charmant- mais couvrez les sources de contamination et les portes d'entrée du nouveau virus (le nez et la bouche par un tissu, et les yeux par des lunettes), si la distanciation individuelle ne peut pas être respectée !

• Fin de journée avec encore une POIGNÉE DE MAINS, cette fois par conviction, j’y tiens. C’est l’invention immatérielle la plus fabuleuse de l’histoire de l’humanité. Difficile de m’en passer ! Cela étant dit, je ne me suis pas gêné pour me frotter aussitôt les mains avec du gel hydroalcoolique tout en balançant, « rien de perso, hein ! » 😊


samedi 2 mai 2020

Du tchat de Saad Hariri avec les journalistes, il ressort beaucoup de malveillance sur Gebrane Bassil et de la bienveillance sur Nabih Berri (Art.785)


Qui suit les déclarations de Saad Hariri depuis cinq ans jusqu’à hier, ne peut qu’être étonné parfois par la ligne politique de l'ex-Premier ministre libanais.

En 2015, le chef du Courant du Futur a tenu en coulisse puis en public, à commercialiser la candidature de Sleiman Frangié à la présidence de la République. Proposer celui qui considère Bachar el-Assad comme « son frère » et Hassan Nasrallah comme le « maître de tous », pour aller jurer devant Dieu de « protéger la Constitution libanaise », constituait une grave erreur politique, surtout de la part du fils de Rafic Hariri. On connait la suite. La gageure a précipité Samir Geagea dans les bras de Michel Aoun, une lourde faute politique aux conséquences désastreuses ! Depuis, rien ne va plus entre tout ce beau monde, ni entre les ex-piliers du 14-Mars ni entre les ex-ennemis réconciliés.

Au cours de ses innombrables points de presse, cheikh Saad adopte au sujet de son ex-allié du 14-Mars, une des deux attitudes. Parfois, c’est comme si le chef du parti des Forces libanaises n’existe pas. Ce fut le cas il y a quelques jours, lors de la « دردشة » avec les journalistes. Disons c’est justifié. D’autre fois, c’est comme si el-hakim est le cœur du problème. Ce fut le cas par exemple lors de la désignation du nouveau Premier ministre Hassann Diab, après la démission de Saad Hariri le 29 octobre 2019. Ce dernier a pardonné à tout le monde de ne pas l’avoir reconduit, sauf à Samir Geagea. C’est injustifiable surtout que le blocage pour cette reconduction venait de son caprice politique, qu’on peut résumer ainsi : moi, homme politique ayant gouverné et contrôlé les gouvernements pendant 11 des 14 dernières années de 2005 à 2019, accepte d’être de nouveau Premier ministre, mais je ne veux aucun politicien dans mon prochain cabinet ! Une façon rusée et malhabile de tenter de récupérer la rue protestataire qui réclamait plutôt un gouvernement technocrate de la tête au pied.

Passons sur les joutes verbales régulières qui opposent Saad Hariri à Gebran Bassil depuis un moment. De « صدقي » pour lequel les électeurs du Futur devaient voter lors des élections législatives de 2018, نكاية بالحكيم, à « فشر على رقبتك » hier, نكاية بالجنرال. Bon, disons que GebB peut se montrer très lourd. Il est parfois, même souvent, une tête à claques, surtout quand « Monsieur Fiasco », surnom décerné et hautement mérité pour sa gestion désastreuse du secteur électrique (qui laisse un trou cumulé de 45 milliards $, la moitié de la dette publique du Liban), se prend pour « Don Quichotte de la République libanaise », comme il se voit tous les matins devant le miroir de sa salle de bain, et prétend lutter contre la corruption et le gaspillage de l'argent public.

Ce qui attire l’attention dans les fraiches déclarations de Saad Hariri, ce sont deux points précis.

. D’une part, toute cette malveillance concentrée sur Gebrane Bassil, justifiée en partie, mais pas jusqu'au point de l'accuser de tous les maux, « raciste » compris. A écouter et à lire cheikh Saad, GebB est le manitou au Liban. Pire encore, on dirait que Hariri fils n’accorde au Hezbollah et son chef que le rôle de comparses et la faute de « couvrir Gebran Bassil et ses agissements ». On croit rêver.

. D’autre part, toute la bienveillance politique déployée à l’égard de Nabih Berri. A ce point, c’est hallucinant. Le chef du Parlement a humilié le chef du gouvernement de la pire manière il y a un peu plus d'une semaine (« ni toi ni personne ne me dira ce que je dois faire ! », avec en bonus, cela 🤪 ou un truc de ce genre, à ce qu'on raconte, et une leçon de morale quelques jours plus tard, « il faut apprendre à présenter les projets de loi », càd toujours commencer en coulisse pour peaufiner et conclure les deals politiciens entre les fromagistes, avant d'aller à la mascarade du vote protocolaire !). C'est une première dans l’histoire de la République libanaise. Un couac qui théoriquement ne passe pas مرور الكرام au pays des 18 communautés. Et pourtant, Saad Hariri n’avait rien à redire à ce sujet hier, chez lui, à Beit el-Wasatt à Beyrouth, durant le tchat avec les journalistes. Pire encore, il a tenu à féliciter ألاستاذ qui « joue un très grand rôle au Liban (…) il a la sagesse, il sait comment se conduire avec les gens et dire ce qu’il faut quand c'est nécessaire ». Saad Hariri sait de quoi il parle, il a suffi un clin d’œil de Nabih Berri pour faire sauter le quorum parlementaire le 22 avril, avec l’aide des députés du Futur et du PS svp, et renvoyer le vote du plan d’aides de 1 200 milliards LL aux calendes grecques. La synchronisation et l'harmonisation était impressionnante.

Parlons peu, parlons bien. Je l'ai dit et redit, je persiste et signe, Saad Hariri ferait mieux pour le Liban que le hezbollahi-compatible gouvernement de Hassann Diab. Néanmoins, les conseillers de l'ex-Premier ministre libanais doivent bien comprendre et attirer l'attention de Saad Hariri sur trois points.

- Primo, la diabolisation excessive de Gebrane Bassil, pas de Nabih Berri, et l'ignorance manifeste de Samir Geagea, pas de Walid Joumblatt, ne peut qu'être mal perçu par la rue chrétienne.

- Secundo, cette politique de l’autruche et du compromis, تدوير الزوايا وتبويس اللحية, qu’il pratique comme tout le monde au pays du Cèdre, sans exception aucune, est responsable de la détérioration constante de la situation au Liban.

- Tertio, avec tout le soutien du FMI, les Libanais ne connaitront ni paix ni prospérité que si et seulement si les politiciens libanais, notamment les ex-piliers du 14-Mars, Hariri et Geagea, ainsi que les personnalités indépendantes et la société civile, travaillent sérieusement pour mettre un terme à « l’anomalie » que constitue la situation du Hezbollah au Liban, une organisation classée terroriste par les pays arabes et occidentaux ainsi que par l'Union européenne et les Etats-Unis, d'où viendra l'argent du FMI. CQFD et à bon entendeur, salut 🤔

PS : Quelques heures avant le tchat de cheikh Saad avec les journalistes hier, le monde apprend du ministre fédéral allemand de l'Intérieur que « l'Allemagne a interdit aujourd'hui les activités de l'organisation terroriste chiite du Hezbollah sur son territoire ». De l'autre côté de la Méditerranée, on continue la politique de l’autruche et du compromis.


jeudi 30 avril 2020

Comment reconnaitre les « idiots utiles » du Hezbollah et les « hezbollahi-compatibles » ? (Art.784)


🇱🇧 - Dis Double-B, qu’est-ce que les « idiots utiles » du Hezbollah ?
- Oh, comme les idiots utiles de l’URSS jadis, ce sont des compatriotes de bonne foi mais qui se laissent manipuler par ce dernier.
- Et les « hezbollahi-compatibles » ?
- Ils sont pires que les fans du Hezb, ils s’obstinent à ne pas voir « l’anomalie » que constitue ce parti-milicien au Liban.
- Et comment reconnait-on tout ce beau monde au juste ?

• Ahhh, ils sont révolutionnaires le 17 octobre 2019 et déjà embourgeoisés le 21 janvier 2020.

• Ils reprennent du service pour aider le Hezbollah à déloger Riad Salamé et le Courant patriotique libre à mettre la main sur la Banque du Liban.

• Ils ferment les yeux sur Mrad & Co, le président du Syndicat des bureaux de change au Liban, et Halaoui & Co, l'ex-président du Syndicat des bureaux de change au Liban, et tous les autres bureaux de changes hezbollahi-compatibles légaux et illégaux, les véritables spéculateurs et les pions du Hezbollah qui ont fait monter le taux de change du dollar à près de 4 500 LL, pour canaliser les mécontentements populaires contre Riad Salamé, le gouverneur de la Banque du Liban, qui lui, tente d’imposer tant bien que mal un taux officiel à moins de 3 000 LL.

• Ils sont bavards comme des pies au sujet du gouverneur de la Banque centrale, mais avares comme des rats dès qu'il s'agit de Don Quichotte de la République libanaise.

• Ils font croire aux naïfs que leurs problèmes viennent des banquiers et pas des gouvernants, des montages financiers de la BDL et pas des dépenses inconsidérées des incompétents dirigeants de l'Etat libanais d'aujourd'hui et d'hier, de la stabilité du taux de change de la BDL et pas de la mainmise du Hezb sur le port et l'aéroport de Beyrouth, ainsi que sur les décisions des gouvernements libanais depuis la fin de l'occupation syrien du Liban.

• Ils répètent comme des perroquets que les « ingénieries financières » de la Banque centrale depuis 1993 constituent la source de nos malheurs, et oublient au passage que cela a permis aux banques privées de verser pendant des décennies aux politiciens, aux affairistes et aux malheureux citoyens, eux compris, de juteux dividendes sur les dépôts bancaires à des taux d'intérêt hallucinants.

• Ils prétendent défendre les pauvres qui ont faim, mais avalent leur langue sur le sabotage il y a quelques jours du plan d’aides de 1 200 milliards LL aux Libanais en difficulté.

• Ils dissertent sur la lutte contre la corruption mais l'ont mis en sourdine lorsque les députés ont rejeté la levée du secret bancaire et l’immunité des politiciens et des ministres corrompus.

• Ils dissertent sur la gestion financière ruineuse des Hariri & Co, mais zappent la gestion électrique désastreuse des Bassil & Co.

• Ils s’étalent sur les 90 milliards $ de dette publique et oublient le trou des 45 milliards $ laissé par le secteur électrique, la chasse-gardée des Assad-Berri-Nasrallah-Aoun-Bassil depuis 30 ans.

• « Kelloun ye3né kelloun » signifie dans leur bouche, « kelloun ella el hezb wel éstèz wel tayyar ».

• Ils expriment régulièrement leur rancune contre les États-Unis et l’Arabie saoudite, mais n’ont jamais rien à redire sur les régimes de Syrie et d’Iran.

• Ils s’intéressent à tout sauf à ce qui ternit l’image du Hezb, comme le coût exorbitant de la guerre de Juillet 2006 ou la culpabilité de ses accusés devant le Tribunal spécial pour le Liban, à l'exception aussi de ce qui ternit l’image du CPL, comme la destruction scandaleuse du promontoire de Nahr el-Kalb et la construction de l’aberrant barrage de Marj Bisri.

• Ils versent des larmes de crocodiles quand il s’agit de l’armée libanaise et ils adoptent la politique de l’autruche dès qu’il est question du désarmement de la milice chiite conformément à la Constitution.

• Ils croient que des dizaines de milliers de millions de dollars vont affluer vers un pays dominé par le Hezbollah, où la République et son chef, le Gouvernement et son chef, le Parlement et son chef et la Banque centrale et son chef, font les yeux doux à un leader religieux !, Hassan Nasrallah, et gardent un œil bienveillant sur un parti-milicien rejeté par la moitié des Libanais du Liban et de la diaspora, classé terroriste par les pays arabes et occidentaux, et sanctionné financièrement au niveau international. On croit rêver.

Enfin, les idiots utiles du hezb, les hezbollahi-compatibles et les fans du Hezbollah doivent bien comprendre que le jour où le quatuor Nasrallah-Berri-Bassil-Aoun mettra la main sur la Banque centrale au Liban, c'en est fini de l’insouciance, les virements et les investissements en devises étrangères tariront, les Etats-Unis détenteurs de la souveraineté sur le billet vert sanctionneront le secteur bancaire libanais, et le dollar continuera son ascension de l’Everest, vers le sommet des 8 848 LL. Ce jour-là, ils auront tous le mal des montagnes, mais ça sera trop. On entendra les pleurs et les grincements de dents, ainsi que لو كنت اعلم ... ما اني ... رزق الله على أيام رياض سلامة

#no_pasaran


dimanche 26 avril 2020

Hassann Diab, humilié par Nabih Berri, il attaque Riad Salamé avec mauvaise foi (Art.783)


Il s’est fait humilier de la pire manière par le chef du Parlement mercredi. Alors que l’octogénaire voulait rentrer au plus vite pour voir ce que Randa avait préparé pour le dîner, Hassann Diab a eu le malheur de lancer une idée en l’air, organiser une séance parlementaire pour discuter et faire voter le plan d’aides de 1 200 milliards de livres libanaises en faveur des Libanais frappés de plein fouet par la triple crise, économique, sociale et sanitaire. Quelle idée bizarre, non mais quoi encore ! El-hachiché est légalisée dans la Bekaa en toute urgence, le Hezb boit du petit lait, what else ? Nabih Berri, le good cop du duo chiite qu'il forme avec Hassan Nasrallah, avait pris soin de torpiller le quorum, avec l’aide entre autres, des députés du Parti socialiste libanais de W. Beik dit La Girouette, qui est aussi socialiste que je suis bolsonaroïste.

Il faut imaginer la scène. Randa ne cesse d’appeler l' « estèze » et ce « zmik » se prend vraiment pour le Premier ministre du Liban maintenant ! Il veut gaspiller l’argent des contribuables sur le peuple et non sur ses dirigeants, on aurait tout vu au pays du Cèdre. Le chef du parlement a vu rouge et a rétorqué sèchement au chef du gouvernement : « Ni toi ni personne d’autre ne me dicte ce que je dois faire ! » Vive l'harmonie et le sens des responsabilités au plus haut sommet de l'Etat. Gentiment, Hassann Diab s'est résigné à fermer sa trousse de crayons de couleurs et sortir dire à la presse d’un ton défaitiste : « Pour ce qui est du projet de loi de 1 200 milliards qui intéresse les citoyens libanais, euhhh, j’aurais bien aimé qu’on le discute. » Nooon sans blague ! Une journaliste lui fait remarquer que ce ne fut pas possible parce que Berri & Co ont fait sauter le quorum. Et tout ce qu’il trouve à redire c’est : « ah oui, bon, c’est toi qui le dit ! » Un Premier ministre de caractère n'est-ce pas ? Indiscutablement l'homme de la situation. Reste à savoir pour qui !

Le voilà le lendemain, à la sortie d’une réunion du Conseil des ministres à Baabda, où siège celui qui a signé un document d'entente contre-nature avec celui qui symbolise au mieux le principe même de l'anti-Etat, le chef du Hezb, il reprend du poil de la bête pour attaquer qui svp, le gouverneur de la banque centrale, Riad Salamé. « Il y a ceux qui insistent pour aggraver la crise financière et détériorer le taux de change de la livre libanaise sur le marché noir. Il y aussi un mystère, un peu louche, concernant la performance du gouverneur de la Banque du Liban pour ce qui est du taux de change (…) Il n'est plus possible de poursuivre cette politique de traiter les problèmes en coulisse. Il doit y avoir de la clarté et de la franchise avec les Libanais. Que le gouverneur de la Banque du Liban sorte et annonce franchement aux Libanais les faits, pourquoi ce qui se passe arrive et quel est la perspective de solutions. »

On croit rêver. Et lui, il est qui au juste, un observateur travaillant pour une ONG ou un visiteur de passage au Grand Sérail ? Tiens, en parlant de clarté et de franchise, peut-il nous expliquer le ghadanfarr zaméno, pourquoi Berri & Co l’ont humilié de la sorte et ont fait sauter le quorum quand il a fallu discuter du seul projet de loi utile en ce moment, le plan d’aides de 1 200 milliards pour les familles, les entrepreneurs, les agriculteurs et les industriels en difficulté ? Pour trouver un deal en coulisse hein, on dirait, et même, sans l'ombre d'une doute. Et pourquoi son gouvernement n'a pas pu faire voter la levée du secret bancaire (et surtout des transactions !) pour savoir qui a viré tant de milliards de ces précieux dollars à l'étranger depuis le 17 octobre (5,7 milliards $ depuis février seulement) ? Et pourquoi le renforcement de l'indépendance de la justice n'est toujours pas à l'ordre du jour, afin d'enquêter et de juger les hommes politiques corrompus de ce pays ? Pourquoi la levée de l'immunité des ministres a été rejetée ? Et qu'il nous dit au passage pourquoi le courage lui fait défaut pour apporter des réponses claires et franches à toutes ces questions que se posent les Libanais depuis jeudi ? Déjà qu'il nous explique à quoi a bien servi le marathon législatif bidon de l'Assemblée nationale à part soulager le Hezb financièrement en pleine période de sanctions américaines, en légalisant en toute urgence la culture du cannabis dans le fief du Hezb de la Bekaa !

Quant à la détérioration du taux de change, notre Premier ministre est vraiment louche. Nous n'avons qu'à lui poser une question, une seule, pour lever le mystère. Qui a intérêt en ce moment à ce que le taux de change $/LL se détériore à ce point, 4 000 LL, voire plus, Salamé & Co ou Nasrallah & Co ? De trois choses l’une.

. S’il répond ni l’un ni l’autre ou l'un et l'autre, notre PM est un imbécile.
. S’il répond Salamé & Co, notre PM est un hezbollahi-compatible.
. Et s’il répond Nasrallah & Co, notre PM est un idiot-utile, jusqu’à la preuve du contraire, sa démission 🤔


vendredi 24 avril 2020

Le dollar à 4 000 LL : la nouvelle bataille du Hezbollah pour mettre la main sur la Banque centrale du Liban (Art.782)


🇱🇧 1 $ = 4 000 LL. Et ce n'est pas fini ! Cette hausse vertigineuse aujourd’hui n’est pas le fruit du hasard. Certes, il y a le manque de confiance des Libanais après le spectacle piteux des députés de la nation les deux derniers jours. Il y a également l'expiration du délai accordé par la Banque du Liban (BDL) pour le retrait en dollars des virements envoyés via les sociétés de transferts d'argent internationaux (ex. Western Union, dorénavant les sommes virées seront retirées dans la monnaie du pays, càd en livres libanaises). Mais ces deux facteurs à eux seuls n'expliquent pas l'envolée délirante du billet vert.

Un coup de force, disons un 7-Mai financier, est actuellement mené d’une part, par le Hezbollah et ses partisans, qui contrôlent une partie des bureaux de change, donc du taux $/LL sur le terrain, et d’autre part, par les « hezbollahi-compatibles », les « idiots utiles » et les « gens désespérés », qui manifestent dans la rue contre la BDL et son gouverneur. L’offensive générale a un double objectif, faire tomber Riad Salamé pour la coalition des individus, prendre le contrôle de la banque centrale pour ce qui est du Hezb.

Les manœuvres surviennent au lendemain du marathon législatif organisé par l'inamovible Nabih Berri, qui n'a servi à pas grand-chose à part apporter une bouffée d’oxygène au Hezbollah en légalisant la culture et le commerce du cannabis dans le fief du Hezb dans la Bekaa (pour l’usage médical et industriel), et affecter quelques centaines de milliards de livres libanaises aux hôpitaux publics situés dans les régions des leaders communautaires. Elle survient aussi la veille d’une réunion de haut niveau pour aborder les questions financières du pays et les circulaires de la BDL, voire plus, si l'occasion se présente.

On peut penser ce que l’on veut de Riad Salamé, beaucoup de mal d'ailleurs!, mais les décisions prises par le gouverneur sont ce que l’on peut faire de mieux dans les circonstances difficiles que traverse notre pays. Elles sont logiques, cohérentes et vont quand même dans l’intérêt de la population à moyen terme, en attendant des jours meilleurs. Elles permettent aux détenteurs de comptes en $ de disposer de leur argent à condition de le récupérer en LL selon le taux de change du marché, jamais à l'avantage des clients, cela va de soi. Le but est de lâcher du lest afin d’avoir moins de pression et de demandes sur le dollar, ce qui aurait dû avoir comme conséquence de faire baisser le taux de change. Mais c'est sans prendre en compte les intérêts du Hezb ! La décision parallèle de Riad Salamé d’obliger les banques privées à vendre les dollars en sus exclusivement à la BDL, décision de bon sens prise aussi dans le même but et pour reconstituer les réserves pour les jours sombres, a fortement déplu au Hezbollah car elle réduit ses marges de manœuvre pour influencer le taux $/LL via les bureaux de change et pourrait porter atteinte à ses bénéfices en conséquence. D'où son intervention pour pousser le taux vers le haut en achetant des dollars et nourrir davantage le mécontentement populaire contre la BDL.

Les événements d'aujourd'hui constituent une nouvelle bataille d'une guerre déclarée contre Riad Salamé depuis longtemps. Si le Hezbollah, qui est classé terroriste par les pays arabes et occidentaux (et qui est asphyxié par les sanctions américaines qui touchent également l'Iran de plein fouet), réussit à évincer le gouverneur de la banque centrale libanaise, qui a la confiance de ces mêmes pays arabes et occidentaux, ainsi que de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, il est évident qu'il cherchera à mettre à la tête de la BDL un homme hezbollahi-compatible, comme il l'a fait déjà pour les trois présidences, de la République, du Conseil et du Parlement. Comme tout sera sous le contrôle du Hezbollah, notamment le secteur financier, il y a fort à parier que le Liban sera rapidement mis au ban des nations. Les dons et les prêts des pays arabes et occidentaux, les investissements des hommes d'affaires libanais, arabes et occidentaux, ainsi que les virements de la diaspora libanaise vers le pays natal, baisseront au strict minimum. Il y aura moins de fresh money en dollars et le taux de change $/LL grimpera vers des sommets inimaginables aujourd'hui, 5 000 LL ou 6 900 LL, notre Everest pourrait s'élever à 8 848 LL le dollar. Nous pourrons alors dire adieu à ce qui a fait du Liban, la Suisse de l’Orient, ainsi qu’à une partie des dépôts de ses banques. #no_pasaran


jeudi 23 avril 2020

La légalisation de la culture du cannabis à usage thérapeutique au Liban : apporter au Hezbollah une bouffée d’oxygène pour renflouer ses caisses en toute légalité et en pleines sanctions internationales (Art.781)


Chers députés et ministres libanais, « vous n’êtes pas bons à rien » ! Vous pourriez voir en cela une flatterie. Disons plutôt que « vous êtes mauvais à tout », comme le Schpountz de Marcel Pagnol. C’est ce qu’écrira l’histoire à votre sujet, au moins en ce qui concerne la majorité d’entre vous. Ça sera votre malédiction jusqu’à la fin des temps, votre boulet aux élections et au jugement dernier. Trois jours d’un soi-disant marathon législatif, alors que les Libanais sont plongés dans une triple crise économique depuis 2018, sociale depuis 2019 et sanitaire depuis 2020, une course écourtée au final, pour qu’à l’arrivée la montagne n’accouche que d’une souris.

• Mauvais parce que vous avez donné le feu vert pour dépenser encore 875 millions $, entre 1 300 et 2 600 milliards LL selon le taux de change, pour continuer l’aberrant barrage de Marj Bisri qui détruira un des derniers patrimoines écologiques du Liban afin d’acheminer de l’eau polluée à des compatriotes insensibles à l’économie de l’or bleu, dans un pays sans compteur d’eau, à la tuyauterie de distribution vétuste où les fuites sont partout.

• Mauvais parce que vous légalisez les réseaux existants et la mafia de la hachiché et du cannabis dans la Bekaa, sans autoriser pour autant les honnêtes libanais du Mont-Liban, du Nord comme du Sud, à se lancer dans sa culture pour un usage médical et industriel. Une discrimination qui n’a comme véritable but que d’apporter au Hezbollah une bouffée d’oxygène pour renflouer ses caisses en toute légalité et en pleines sanctions internationales.

• Mauvais parce sur les écrans de TV vous dissertez sur la nécessité de juger les ministres corrompus et à l’intérieur du Parlement, il n'y a plus personne pour voter la levée de l’immunité des ministres et étendre la juridiction pour les juger en cas de corruption. Mauvais aussi parce que malgré des mois de révolte populaire, vous jugez encore que la levée du secret bancaire sur vos comptes, aussi imparfaite soit-elle pour combattre vos magouilles financières et récupérer les fonds que vous avez détournés ou laissés voler, n’a pas de caractère urgent.

• Mauvais parce que pendant que vous êtes assurés de revenus confortables, vous refusez de réserver 1 200 milliards LL pour offrir une sécurité aux niveaux social et financier à tous les Libanais qui sont affectés par la crise économique et sanitaire. Mauvais parce que vous refusez même de suspendre les délais concernant les locataires anciens que vous avez décidé d’expulser de leurs villes et de leurs appartements il y a quelques années, afin d'offrir les beaux quartiers de Beyrouth aux promoteurs sans scrupules et sans vergogne.

• Mauvais pour un tas d’autres raisons mais surtout mauvais parce que vous êtes de grands imposteurs. Vous faites croire à vos « partisans » et « idiots utiles » au moment des élections, qu’un tel ou un tel est la source de nos problèmes. Non mais qui au juste ? Rafic Hariri ? Mais l’ex-Premier ministre est mort il y a 15 ans ! Qu'est-ce que vous avez fait depuis ? Il est où le courant électrique continu 24h/24 promis par Don Quichotte de la République libanaise pour 2015 ? Nulle part. Il est où le dollar de nos jours ? A plus de 3 000 LL ! Qui est responsable au juste ? Ah, Riad Salamé bien sûr. Mais le gouverneur de la banque centrale est un exécutant et non un donneur d’ordre. Sans une couverture politique large, j'insiste sur « large », et vos ententes politiciennes hypocrites, il a le pouvoir d’un planton.

*

Il y a rien à dire, vous n'êtes pas à la hauteur, ni de l'enjeu ni des risques, vous êtes tout notre malheur. Vous, toute cette classe politique nase toutes tendances politiques confondues, incompétentes et hypocrites, qui élisez et réélisez et réréélisez et réréréélisez et réréréréélisez et réréréréréélisez encore et toujours ce même Nabih Berri, en fonction bien avant l’ex-Premier ministre défunt et l'actuel gouverneur de la banque centrale, qui fait la pluie et le beau temps à la tête de l’Assemblée nationale depuis 1992, après avoir été un seigneur de la guerre civile pendant longtemps. Son successeur pourrait être pire je crains, mais un demi-siècle avec Nabih Berri, deux générations de Libanais, c'est le surréaliste politique à son comble.

Hier, alors que le Premier ministre libanais Hassann Diab lui demande d’organiser une nouvelle séance nocturne le même jour, afin de discuter de ce projet de loi, « garantir la sécurité sociale et alimentaire » des Libanais en difficulté à travers un projet de loi d’aides de 1 200 milliards LL, il s’entend répondre avec énervement par l’inamovible chef du Parlement, l'octogénaire Nabih Berri : « Ni toi ni personne d’autre ne me dicte ce que je dois faire ! »

Aucun député, ministre ou leader politique n’a protesté contre ce mépris flagrant pour le Premier ministre du Liban et pour le peuple libanais dans le besoin, pas même Hassann Diab lui-même ! Le projet de loi prévoyait de venir en aide à tous les Libanais individus et sociétés affectés par la pandémie de Covid-19 de la manière suivante :

- 600 milliards LL d’aides directes à raison de 400 000 LL par famille et pendant un an (pour les personnes vivant sous le seuil de pauvreté, âgées ou handicapés, etc.) ;
- 300 milliards LL comme prêts pour soutenir les grandes industries du pays (250 bénéficiaires) ;
- 140 milliards LL comme prêts aidés pour soutenir les petites industries (7 000 bénéficiaires) ;
- 130 milliards comme prêts aidés pour les agriculteurs (30 000 bénéficiaires) ;
- 15 milliards LL de dons aux agriculteurs comprenant des graines et des plants (30 000 bénéficiaires) ;
- 15 milliards LL de prêts aidés aux artisans (3 300 bénéficiaires).

Ces prêts devaient être financés par la Banque du Liban et les banques libanaises privées, et être accordés aux bénéficiaires avec un taux d’intérêt de 0%. Nabih Berri et ses complices n’en ont pas voulu. Au moment de la discussion du projet du gouvernement hier, les députés ont commencé à se retirer les uns après les autres. Personne n'en a fait un scandale national et n'a osé clouer "el-estèz" au pilori. Faute de quorum le vieux a levé la séance et renvoyé le projet d’aides aux familles et aux entreprises libanaises aux calendes grecques, aux magouilles politiques de salon et aux transactions politiciennes en coulisse, alors que nous vivons une triple crise, économique, social et sanitaire. Pour cette flagrante mascarade qui couronne votre incompétence légendaire, votre hypocrisie flagrante et votre imposture irréfutable, soyez maudits jusqu’à la fin des temps.


mercredi 22 avril 2020

Les députés libanais sont invités à trois jours de séances parlementaires pour voter 66 projets de loi bâclés (Art.780)


Des séances parlementaires extraordinaires, soit ! Sur trois jours, smallah. Mais pour quoi faire ? Des lois, encore des lois et toujours des lois. A chaque parti et politicien les siennes, du rafistolage, sans vision globale et des mesures efficaces. « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses, alors qu’une seule est nécessaire » disait Jésus de Nazareth. Ce qu'il est demandé du gouvernement et du parlement aujourd'hui c'est d'éviter l’implosion du Liban et de protéger les Libanais. A la grave crise économique chronique depuis la fin de la guerre, se sont greffées une crise sociale aiguë, la révolte de 2019, et une crise sanitaire aiguë en 2020, la pandémie de Coronavirus, aux conséquences financières incalculables. Et pourtant, les parlementaires libanais ne sont à la hauteur ni de l’enjeu ni des risques.

*

Au 2e jour du marathon législatif organisé à l'Unesco, arrêt sur quelques points du programme :

► Alléluia, le Liban est non seulement un pays pétrolier mais aussi un pays officiellement producteur de cannabis ! Pas de chance, au même moment, le baril de pétrole américain brut s’est vendu avant-hier à la bourse de New York à -37$. Rempli d’air, il vaut plus cher ! Pour la culture du chanvre indien, la perspective est douteuse. OUI à cette culture pour l’usage médical et industriel uniquement (proposition des commissions parlementaires), mais si et seulement si, elle est à la portée de tous les Libanais de toutes les régions du Liban, et à condition que ce commerce permette de renflouer les caisses de l’Etat. Nous doutons que ça sera le cas.

Il est clair que cette culture n'a été autorisée que dans le but de légaliser et d’enrichir les circuits et les mafias existants de la Bekaa, là où la souveraineté nationale est partiellement privatisée pour le compte du Hezbollah. Si le chanvre est officieusement cultivé dans cette région c’est parce ce que ce dernier le tolère et en profite illégalement. Tous les partis politiques ont cru que l’opposition publique du parti-milicien chiite au projet de loi était sincère. Mais enfin, un parti islamiste n’allait pas accepter urbi et orbi la culture du cannabis, ils comptaient sur les députés naïfs des autres formations pour faire passer la loi et pouvoir en profiter en toute légalité ! En période de sanctions américaines, c'est une aubaine inespérée. Merci qui ? Merci le gouvernement Hassann Diab et ces députés naïfs qui ont voté pour la légalisation du cannabis au Liban dans ces conditions.

Et c’est parce que les gars du Kesrouane, d’Akkar et du Chouf ne pourront pas se mettre au vert, comme leurs concitoyens de la Bekaa et du Hermel, que cette légalisation pose problème. Elle établit une discrimination entre les Libanais. De ce fait, elle pourrait et même devrait être invalidée par le Conseil constitutionnel. Soit tous les Libanais de toutes les régions peuvent cultiver le cannabis, soit personne et nulle part on peut le faire au Liban !

► Le projet d’amnistie (une proposition de Berri et de Hariri tante), au champ d’application plus ou moins vaste, n’est pas passé. On le remettra sur la table plus tard. Pas la peine de s’y attarder pour l’instant.

► OUI pour la levée de l’immunité de tous les responsables libanais qui se sont succédés depuis 1992 (proposition du duo Hezbollah-Amal), qui ont conduit le Liban à la catastrophe des 90 milliards $ de dette publique -par corruption, détournement de fonds et gaspillage de l’argent public- à condition de juger spécialement, les incompétents ministres de l’Energie depuis la fin de la guerre civile pour leur gestion désastreuse d’un secteur électrique responsable entre le tiers et la moitié de la dette abyssale. Comme par hasard, ils sont tous du même camp depuis 30 ans, le ministère vache à lait étant la chasse-gardée du quatuor Berri-Nasrallah-Aoun-Bassil.

► OUI pour la levée du secret bancaire concernant les comptes de tous les politiciens depuis 1991 (proposition du député Michel Daher, bloc CPL, dont les biens sont gelées dans une affaire judiciaire récente!), à condition que cela s’accompagne de l’obligation de déclarer les biens, les comptes et les transactions, concernant les politiciens libanais, ainsi que leurs familles, conjoints et enfants, majeurs et mineurs, au Liban et à l’étranger, et surtout, prévoir amende et emprisonnement pour les auteurs de fausses déclarations. Sinon, ce genre de loi ne servira à rien, je l’ai démontré dans un article sur le cas Gebrane Bassil.

► OUI pour que tous les responsables libanais qui se sont succédés au pouvoir depuis 1990 rendent des comptes devant le peuple libanais et pour les juger sur le gaspillage de l’argent public, à condition de juger le Hezbollah pour ses guerres dévastatrices, dont celle de Juillet 2006 qui à elle seule a coûté au Liban un gaspillage de près de 11 milliards $, l’équivalent de la moitié du PIB du Liban à l’époque, pour libérer un prisonnier qui est allé mourir dans les bras de Bachar el-Assad.

► OUI au renforcement de la culture démocratique, NON au populisme opportuniste des élections législatives anticipées, irréalisables.

► OUI à la restitution des fonds volés par les politiciens depuis la fin de la guerre, NON aux interminables batailles politiciennes stériles. Etant donné l’incompétence légendaire de toute la classe politique libanaise et sa responsabilité dans le désastre économique actuel, ce qu'il faut c'est de créer rapidement un « Impôt sur la fortune financière et immobilière » auquel seront soumis tous les politiciens qui se sont succédés au pouvoir depuis 1990 et leurs familles.

*

A quoi s’attendre de 66 projets de lois soumis au vote à la hâte et à la dérobée, sachant que 2/3 d’entre eux n’ont pas été discutés et peaufinés en amont ? La situation des Libanais ne cesse d’empirer. Et pourtant, 128 députés défaillants croient comme une seule femme, Paula Yacoubian, que leur boulot consiste à déposer des projets de loi au Parlement, sans concertation, sans discussion, sans même se soucier s’ils aboutiront ou pas (13/66 pour la députée de Beyrouth, qui dit mieux !). Tout ce qui semble préoccuper les députés libanais, c’est la parade devant leurs cercles de partisans pour assurer une réélection confortable et s’assurer une rémunération gracieuse. Le cardinal de Richelieu avait coutume de rappeler aux novices du métier que « la politique c’est l'art de rendre possible le nécessaire ». Ce qu’il faut aujourd’hui c’est de protéger le Liban. Tout ce qui est en dehors de cela n’est que palabres, incompétence et non-assistance à un peuple en danger. Aucun des 66 projets de loi ne va dans ce sens. Ils sont tous bâclés, comme à l'accoutumée.


mercredi 15 avril 2020

Donald Trump suspend la contribution des Etats-Unis au budget de l’OMS. En ligne de mire, docteur Tedros. Et pourtant, « It’s China, stupid ! » (Art.779)


La nouvelle est tombée vers minuit, à la surprise générale. Donald Trump suspend la contribution des Etats-Unis au budget de l’Organisation mondiale de la santé. 500 millions $/an sur 3,4 milliards $, le trou ne pourra pas être comblé. Comment en est-on arrivé là ? C’est à cause de Tedros Adhanom Ghebreyesus, le bouc-émissaire idéal. Peut-être qu'il l’a bien cherché aussi !

Oh, c’est un secret de Polichinelle, « Docteur Tedros » ne fera pas de vieux os à la tête de l’organisation. Pas seulement parce qu’il doit son poste à la Chine. Ce ne sont pas les raisons qui manquent. Au mieux, c’est un « idéaliste » qui ne comprend pas les manoeuvres politiques des grandes puissances. Au pire, c’est un « idiot utile » du régime communiste chinois. Une chose est sûre, il n’est pas à la hauteur de la catastrophe sanitaire qui frappe le monde.

Le directeur de l’OMS a commis trois erreurs, disons impardonnables à ce niveau de responsabilité et en temps de pandémie, étant donné les conséquences humaine et économique :

- Primo, il a mis du temps, jusqu’au 22 janvier, pour alerter les autorités sanitaires du monde entier et reconnaitre la « transmission interhumaine » du nouveau virus. Mi-janvier, l’OMS disait encore, « les enquêtes préliminaires menées par les autorités chinoises n’ont pas trouvé de preuve claire de transmission interhumaine », alors que Taïwan l'a laissé entendre dès le 31 décembre 2019. Ce n’est que le 30 janvier que l’OMS déclare que l'épidémie de coronavirus constitue une « urgence de santé publique de portée internationale ».

- Secundo, depuis le début jusqu’au mois de février compris, l’OMS n’a cessé, à plusieurs niveaux, de faire l’éloge de la « transparence » de la Chine. Aujourd’hui, tout le monde sait que l’organisation était à côté de la plaque sur ce point. Le 30 janvier par exemple, le Comité d’urgence tenait à saluer « le leadership et l’engagement politique au plus haut niveau du gouvernement chinois, son engagement en faveur de la transparence ».

- Tertio, il a fallu attendre le 12 mars, avec plus de 100 000 cas confirmés et 4 000 morts, pour que l’OMS tire la sonnette d’alarme au niveau mondial et considère « l’épidémie » de coronavirus comme une « pandémie ». Excellent, mais c'était trop tard.

Force est de constater que ces trois éléments arrangeaient bien les affaires du régime communiste chinois. L’empire du Milieu voulait à tout prix minimiser la réalité de l’épidémie afin de limiter ses conséquences politiques aussi bien au niveau national qu’au niveau international. La Chine ne s’est absolument pas préoccupée de la propagation du virus dans la société chinoise et le monde lorsqu'elle a pris connaissance de l'apparition d'une pneumonie atypique à Wuhan à l'automne dernier. L’OMS aurait dû le faire. Le directeur de l’OMS a failli à son rôle. C’est le péché originel. Qu’il ait été commis par conviction ou par omission, ne change rien à la réalité accablante. La pandémie est installée dans le monde et pour un long moment.

Cela étant dit, si la pandémie ravage les États-Unis actuellement, c’est aussi par la faute du président américain lui-même. Il a non seulement fait l’éloge de la « transparence » de la Chine à un moment, comme docteur Tedros, mais il n’a cessé de minimiser la menace malgré les alertes des spécialistes américains, comme Xi Jinping un moment.

Le 3 janvier 2020, le Conseil de sécurité nationale (NSC) met le Président des États-Unis en garde sur les risques d’une épidémie de coronavirus aux États-Unis en provenance de Chine. Le 8 janvier le Centre américain pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) émet sa première alerte publique concernant le Covid-19. Trois jours après la déclaration du premier cas d’infection par le SARS-CoV-2 le 19 janvier (en provenance de Wuhan), le président américain déclare, qu' « il n’y a pas de risque de pandémie et la situation est sous contrôle, ça va aller. » Même chose le 24 février, « la situation est vraiment sous contrôle aux États-Unis ». Le 9 mars, lui aussi fait la stupide comparaison avec la grippe et conclut, « on ne ferme pas le pays pour autant, la vie et l’économie continuent ». Deux semaines après la qualification de l’épidémie par pandémie le 12 mars, il ose encore annoncer que la fin de la pandémie pourrait être « pour Pâques (le 12 avril), ça serait vraiment formidable, je veux voir les églises bondées ». Pâques est passée, et les États-Unis se retrouvent aujourd'hui avec 609 685 cas confirmés et 26 059 morts.

Mais Donald Trump est connu pour fuir ses responsabilités, prétendre qu’il avait senti que « c'était une pandémie bien avant qu'on ne l’ait qualifié de pandémie », chercher un bouc-émissaire et surtout, s’attaquer aux maillons faibles, l’OMS et docteur Tedros. Aussi fautifs soient-ils, le coupable est ailleurs. Il a menti délibérément. Il est libre. Il profite de l’isolationnisme américain. Il utilise ses ambassades pour propager sa propagande dans le monde, à Paris comme à Addis-Abeba. Il espère prendre le leadership mondial. Il distribue des masques à quelques cents la pièce ici et là, alors que la pandémie provoquera des milliers de milliards de dollars de pertes économiques au niveau mondial. Il vante l'efficacité du modèle autoritaire sur les modèles démocratiques. Il réécrit l’histoire de ce drame planétaire à son avantage. « It’s China, stupid ! »


© 2011-2020 Bakhos Baalbaki