lundi 30 septembre 2019

Pourquoi Nabih Berri propose la proportionnelle intégrale avec le Liban constituant une circonscription unique, comme Israël? (Art.645)


D’un côté, on a le peuple libanais qui s’appauvrit à vue d’œil. De l’autre côté, on a des ministres et des députés, des conseillers en tout genre et des hauts fonctionnaires libanais qui s’engraissent sur le dos du peuple comme si de rien n’était, et des hommes et des femmes d’affaires libanais qui s’enrichissent au fil du temps, sur le dos du peuple et avec la complicité des dirigeants. Tout cela dans un pays où il n’y a pas d’impôts sur le revenu et où la vie est un long fleuve tranquille quand on a un compte bancaire à six chiffres !

Tout allait bien dans le meilleur des mondes, jusqu’à ce dimanche où une majorité longtemps silencieuse avait décidé subitement d’être un peu plus tapageuse. Oui parce ce qu’il faut savoir que dans le coma il y a plusieurs stades. Nous sommes apparemment au stade 2, coma léger, le peuple est en léthargie, mais il répond encore aux stimulations douloureuses, sauf que la réponse est inappropriée.

En regardant attentivement le reportage de la MTV, dans le flot de doléances, j’ai repéré une revendication qui tombait comme un cheveu sur la soupe. Celle d’un cheikh, chiite, d’après la forme de son turban. Désolé mais la précision est utile pour bien évaluer la revendication : la suppression du confessionnalisme politique. Oui parce à part ça, tout va très bien, madame la Marquise. Le plus drôle dans cette histoire c’est de constater que ce sont les parties les plus confessionnelles, le duo chiite Hezbollah-Amal (Nasrallah-Berri) qui réclament le plus la fin du système confessionnel libanais, en application de l’accord de Taef, donc le début de la fin du Liban du Pacte national de 1943.

Et ce n’est pas tout. L'info est passée inaperçue et pourtant elle est inquiétante. On a commencé dans les coulisses parlementaires, la semaine dernière !, à étudier un nouveau projet de loi électorale, à la demande du bloc parlementaire du chef du Parlement Nabih Berri, même si les élections ne sont prévues que pour mai 2022. C’est que certains sont très prévoyants. Mais dans un pays comme le Liban, la prévoyance est très suspecte ! Parce à part ça, tout va très bien, madame la Marquise, n’est-ce pas ?

Et figurez-vous ce n’est pas n’importe quel projet de loi électorale dont il s'agit. Selon la proposition d’un des deux leaders de la communauté chiite, Nabih Berri propose de faire du Liban une seule circonscription électorale avec des listes de 134 députés (oui parce les braves députés en ont rajouté six, enno on a tellement d’argent à plus savoir quoi en faire, et le peuple libanais de 4,2 millions de personnes est tellement sous représenté avec 128 députés !). La répartition des sièges se fera à la proportionnelle. Allez question pour un champion : quel est le pays qui applique ce système électoral ? Israël. Ah si, le bloc du « Développement et de la libération » va s’inspirer chez ses ennemis. Ah mais nous aurons une meilleure représentativité du peuple! Foutaises. Pas la peine de tourner autour du pot : le Liban comme circonscription unique signifie que c’est la démographie et l’hégémonie qui trancheront. Les partis chrétiens CPL, FL, Kataeb, Marada ne contrôleront réellement qu’un quart des sièges à pourvoir grand maximum et encore, à condition qu'ils soient comme les mousquetaires, unis comme les doigts de la main. Les parties druzes, PS et autres, feront de la figuration. Le parti sunnite Futur, se contentera de se partager le gâteau avec une flopée d’opposants sunnites. Et le Parlement libanais sera tranquillement contrôlé par le duo chiite, Amal et le Hezbollah.

Ce qui est rassurant dans le coma léger, c’est qu’il n’y a pas de troubles neuro-végétatifs graves à ce stade, le coma est réversible. Disons pour conclure et rester sur une note positive, longue vie au confessionnalisme au Liban, qui nous maintient dans un coma stade 2, parce que le jour où on le supprimera, soyez-en sûrs nous serons déjà dans un coma stade 3, un coma profond où il n’y aura plus aucune réaction aux stimuli douloureux.

من النفوس قبل النصوص 😋
Des esprits avant les textes, voilà comment il faut procéder pour la suppression du confessionnalisme au Liban. La circonscription uninominale avec baisse du nombre des députés, voilà pour le système électoral. Tout le reste n’est que basses manoeuvres politicienne et communautaire, et de la tartufferie au pays des Tartuffes. C’est le testament que nous a légué le patriarche maronite Mar Nasrallah Boutros Sfeir. Soyons dignes. Santé à l'esprit du Pacte national islamo-chrétien de 1943 !


vendredi 27 septembre 2019

Jacques Chirac n’est peut-être pas le meilleur leader politique en France, mais il a été sûrement le plus bienveillant pour le Liban et incontestablement le plus sympathique au monde (Art.644)


Ah comme il est difficile de choisir une image pour illustrer cet humble hommage que je voudrais rendre à Jacques #Chirac. On a l’embarras du choix, il était si photogénique ! Du chef d’État, je garderai celle-ci en aparté avec George W. Bush, elle illustre ô combien il a été visionnaire sur la guerre en Irak. De l’homme tout court, je choisirai celle-là où il saute par-dessus le tourniquet dans le métro parisien, elle reflète si bien son caractère. Le mien aussi 😊

Au cours de cette longue carrière politique, comme député, maire de Paris, Premier ministre et président de la République, Jacques Chirac s’est targué de beaucoup de succès politiques, non moins contestés pour certains. Sur les ratés, la liste est longue aussi. Au-delà de ses opinions politiques, il était un homme de sentiments. Cela ne l’empêchera pas de ruser pour parvenir à ses fins. Il était aussi un homme de caractère. On ne peut pas oublier son coup de gueule mémorable contre les services de sécurité israéliens à Jérusalem-Est. Au final, disons que nous avions affaire à un personnage complexe, mais une chose est sûre, c’était un homme de droite avec une nette ascendance de gauche.

« Un chef, c’est fait pour cheffer ». Au niveau national, Jacques Chirac demeurera celui qui a fédéré la nation autour du « front républicain » pour sauver la #France des griffes de l’extrême droite, et l’auteur de la « Charte de l’Environnement », qui a gravé les droits et les devoirs à ce sujet dans la Constitution française, parce que « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». Coucou Greta 😋 Au niveau international, Jacques Chirac restera à jamais le dirigeant qui a eu le courage et l’intelligence de ne pas associer son nom et son pays à l’une des invasions les plus ignobles des temps modernes, la guerre en Irak. Au niveau local, au Liban, Jacques Chirac est dans toutes les mémoires et au fond des cœurs d'une grande partie de la population. Et pour cause, il est le parrain de plusieurs résolutions fondamentales de l’histoire contemporaine du pays du Cèdre portant sur l’extension de la souveraineté libanaise au Sud-Liban et l'expulsion des milices chiites libanaises et palestiniennes, la vérité et la justice concernant l’attentat terroriste qui a tué l’ex-PM Rafic Hariri, et surtout, notre seconde indépendance et la fin de 29 ans d’occupation syrienne du #Liban.

Maintenant qu’il n’est plus parmi nous, nous ne pouvons que souhaitez à Jacques Chirac la paix éternelle. Il n’est peut-être pas le meilleur leader politique en France, mais il a été sûrement le plus bienveillant pour le Liban et incontestablement le plus sympathique au monde.


lundi 23 septembre 2019

Les députés libanais sont appelés à suspendre la loi sur les locations anciennes en attendant l'étude des amendements proposés (Art.643)


Comme la plupart des pays du monde, le Liban avait des lois qui protégeaient les Libanais de la spéculation immobilière via un contrôle des loyers. A Beyrouth, comme à Paris et à New York, les législateurs ont suivi le même raisonnement : laisser le marché entièrement libre pour s'auto-réguler conduit inexorablement à une explosion des loyers accroissant les inégalités dans la société, ce qui n'est dans l'intérêt de personne, à commencer par les propriétaires de biens immobiliers. En l’an de grâce 2019, même dans la plus belle ville du monde et une des plus chères, Paris, il y a un certain contrôle des loyers. Pas assez pour les uns, beaucoup trop pour les autres, qu'importe, il y a bel et bien un contrôle des loyers. A Berlin, les loyers sont bloqués jusqu’en 2024. A New York, San Francisco et Washington, on ne peut pas toujours fixer librement les loyers même de nos jours. Les premières lois libanaises en la matière datent des années 1930. C’est pour vous dire combien le Liban était en phase avec le monde progressiste dans ce domaine.

En 2014, à la hâte et à la dérobée, les députés de la nation ont voté à l’unanimité presque, une loi composée d'un article, un bloc de loi pour éviter tout débat détaillé sur le sujet, la libération sauvage des loyers au Liban. Enno bél mchabra7 wou bala mouwékhazé, metel el 7aramiyé. La location d'un appart de 100 m2 à Beyrouth devait passer en 5 ans et non 9, de moins de 1 000 $/an à plus de 10 000 $/an, sachant que le salaire minimum libanais n’est que de 450 $/mois. Houston we have a problem, un des deux chiffres est surréaliste. Bass la 7ayata liman tounadi. On pensaient naïvement qu’au pays du Cèdre les représentants du peuple descendaient des singes comme ce dernier, il s’est avéré qu’ils descendent des crocodiles! Tmési7. Rendez-vous compte, s’ils avaient réussi à appliquer la nouvelle loi des loyers en 2014, nous ne pourrions plus trouver un appartement à moins de 1 000 $/mois à Beyrouth (au moins dans les beaux quartiers) dès 2019. Mais nous y sommes déjà.

Merci qui ? Merci le Futur de la part des habitants de Tarik el-Jdidét, merci le CPL de la part des habitants de Sioufi, merci les FL de la part des habitants de Karm el-Zeitoun, merci le Hezb de la part des habitants de Harit Hreik, et sans oublier un grand merci pour le PS de la part de tous les adhérents à l'Internationale socialiste, et j'en passe et des meilleurs. Ils défendent tous le peuple. Et pourtant, ils sont tous des imposteurs! Et que personne ne m'en veuille ou ne se vexe, un imposteur d'après le CNRTL est "celui qui trompe, qui abuse autrui par de mensonges, de fausses promesses, dans le but d'en tirer un profit matériel ou moral", voire électoral! Prouvez-le et je m'autoproclame, roi des imposteurs!

La nouvelle loi des loyers est à l’image des représentants du peuple libanais, une copie à revoir. Et comment, elle ne satisfait ni les locataires ni les propriétaires. Cinq ans après, on se bat encore et toujours sur :
- la date d’entrée en vigueur de la loi (2014 quand elle a été votée, 2017 quand elle a été modifiée ou 2019 à l’aube d’un nouvel examen); c'est capital puisque la date fixe le top-départ des délais ;
- l’ampleur de l’augmentation annuelle des loyers à terme (1 à 5 % du prix de vente, soit 200-1000 $/mois par exemple);
- le montant des aides au logement accordées aux plus démunis et le revenu de ceux qui peuvent en bénéficier ;
- le montant des indemnisations en cas d’expulsion des locataires avant la fin du bail ou d’un départ volontaire des locataires, et qui les paient (l’Etat ou les propriétaires);
- et surtout, le devenir des locataires anciens à la fin du nouveau bail quand les loyers seront libres càd après-demain, dans quelques années ! Une fois mis à la porte, ils iront où au juste ?

Demain mardi 24 septembre, le Parlement se réunira de nouveau pour se prononcer sur la suspension, pas la suppression, de la nouvelle loi des loyers, en attendant l’examen de nouveaux amendements. Il y aura un sit-in place Riyad el-Soleh à Beyrouth à 10h organisé par les locataires anciens. Un homme mène le combat depuis cinq ans pour rendre la loi plus juste. Infatiguable, il ne fait pas de poésie, il parle de lois, de droit et de justice sociale. Il garde son humour, malgré la gravité de la situation. Au journaliste qui se révoltait parce qu'il ne lui a pas laissé le temps de poser ses questions, il l'a regardé faussement surpris et lui a balancé d'un air faussement étonné: "chou bék m3assab, baddak yi'jiboulak kebbéyit maï?" :D C’est un héros à sa manière. Qui est-ce à votre avis? Nooon ce n’est ni Saad Hariri ni Gebrane Bassil. Ah sauf votre respect, ces deux-là ne sont pas forcément contre les locataires, mais ils sont plutôt pressés d’en finir avec cette affaire qui traine depuis des décennies ! Il est avocat et il est patient comme un renard. Il s’appelle Adib Zakhour et il n'est pas le seul de sa profession à se mouiller, Dieu merci.

A bien y réfléchir, une loi du logement juste doit à mon humble avis :
- (con)sacrer le droit au logement pour tous les Libanais
- (con)sacrer le droit à la propriété pour tous les Libanais aussi, il ne faut pas se tromper de combat
- introduire un certain contrôle des loyers à long terme
- maintenir impérativement les classes moyennes dans tous les quartiers de Beyrouth et dans les grandes villes libanaises, c'est un point capital
- maintenir les natifs de Beyrouth dans leur ville
- maintenir toute la ville de Beyrouth accessible aux classes moyennes, c'est primordial
- ne pas offrir Beyrouth aux promoteurs sans scrupule, aux interminables chantiers, à la poussière et aux bruits, basta cosi, nous en avons marre!
- ne pas faire de Beyrouth et de certains quartiers de la capitale libanaise une enclave coloniale, un Disneyland, une zone stérile et des rues fantômes où résident que des classes libanaises aisées qui vivent dans leurs bulles, des expatriés libanais déconnectés du peuple et de riches ressortissants arabes qu’on ne voit jamais.

« ‘Beirut Madinati’ wa men 7aqqi el baka2 fiha ». Beyrouth est ma ville et j’ai le droit d’y rester. Eh oui ce slogan que j’ai créé avec d’autres activistes, nous a été piqué par le mouvement beyrouthin, sans un merci soit-dit au passage, à l’occasion des élections municipales de 2016. 3adé. Mais nous, albna kbir, nous avons fermé les yeux considérant ce slogan libre de droit, à condition que les intéressés s’engagent à suivre notre précepte!

En 1990, à la sortie de la guerre civile, il fallait seulement une dizaine d’années de salaire minimum (sans dépense) pour s’acheter un appartement de 100 m2 à Beyrouth. Aujourd’hui (comme en 2014), il en faut une cinquantaine ! Hallucinant, mais c’est la triste réalité. Ce n’est évidemment pas la faute des propriétaires, c’est la faute des dirigeants libanais, ministres, députés et hommes politiques incapables d’anticiper les problèmes et de voter des lois justes pour tous les enfants de la patrie. L'illustration publiée dans les commentaires résume bien la situation désastreuse dans laquelle se trouve une grande partie du peuple libanais.

Ainsi, à une époque :
- où l’économie libanaise est dans un état lamentable (vous n’avez qu’à demander autour de vous !),
- où la dette publique est de 85 milliards $ (150% du PIB),
- où le Moyen-Orient risque de s'embraser à tout moment,
- où nous sommes réduits à mendier des prêts et des dons aux quatre coins du monde (Paris III et ses 11 milliards $ de promesses),
- où il n’y a plus un logement libre au Liban à cause du séjour prolongé et à durée indéterminée de 1,5 million de réfugiés syriens,
- où le patrimoine du Liban est détruit sans état d’âme à Beyrouth (cas de Bernard Khoury & Co, qui accepte d'associer son nom à la démolition de la « Grande Brasserie du Levant » qui a vu naitre la bière Laziza, pour construire une tour snob sous l’appellation bobo de « Mar Mikhaël Village »!) et à Marj Bisri (qui est en train d'être rasé par le gouvernement libanais, le Conseil du développement et de la reconstruction et la Banque mondiale, pour construire un aberrant barrage sur une faille sismique, alors que toute la tuyauterie privé et public fuit au Liban), comme à Qornet el-Saouda aussi (où le ministère de l’Agriculture prévoit de construire un lac dans une zone de la haute montagne, protégée et disputée entre les régions de Bcharré et de Déniyé),
- où les rapaces de l'immobilier osent abattre en toute impunité un chef d'oeuvre du Vieux Beyrouth comme celui que nous avons eu la chance de photographier à Achrafieh il y a quelque temps (photo ci-jointe),
- où la laideur architecturale se répand aux quatre coins du pays du Cèdre,

On ne peut que reposer les mêmes questions aux députés libanais qui se réuniront demain et qui légifèrent apparemment sans trop se soucier des conséquences de leurs actes :
- êtes-vous sûrs que Dubaï est le meilleur modèle d'urbanisme pour Beyrouth,
- êtes-vous fiers d'une loi qui ne satisfait ni locataires ni propriétaires,
- tenez-vous vraiment à ce qui s'apparente à une opération ‘Solidere 2’ mais qui n'ose pas dire son nom,
- comment espérez-vous sauver quoi que ce soit de ce qui reste de l'âme de Beyrouth, ne serait-ce que ces magnifiques persiennes d'antan, en libéralisant les loyers anciens,
- voulez-vous sincèrement expulser une frange des Libanais de leur ville,
- voulez-vous résoudre l'injustice qui a longtemps frappé les propriétaires en créant une injustice qui frappera les locataires jusqu'à la fin des temps,
- croyez-vous être capables d’échapper encore longtemps à la colère du peuple en rendant le Liban inabordable pour la majorité des Libanais et Beyrouth inaccessible à une grande partie des classes moyennes ?

Sit-in mardi 24 septembre, place Riyad el-Soleh à Beyrouth à 10h. Le Parlement se réunira de nouveau pour se prononcer sur la suspension, et non la suppression, de la nouvelle loi des loyers, en attendant l’examen de nouveaux amendements. C'est l'occasion de rectifier le tir et d'amender la loi pour qu'elle soit conforme et digne de la commémoration du centenaire de l'État du Grand Liban en 2020.


dimanche 15 septembre 2019

Massacre à la tronçonneuse de près de 6 millions m2 de la magnifique prairie-vallée de Marj Bisri au Sud-Liban, pour construire un aberrant barrage dans une zone à haut risque sismique (Art.642)


Résumons la situation désastreuse de la gestion de l’eau au #Liban via l’aberrant projet de barrage de Marj Bisri (Sud-Liban):

- Comme je l’ai dit et redit à maintes reprises, les canalisations d’eau au Liban sont vétustes. Elles fuient aux quatre coins du pays du Cèdre. Par conséquent, la politique des barrages prônée par le gouvernement libanais de Saad Hariri, et les ministres de l’Eau, bloc CPL depuis 2008, notamment le trio Bassil-AbiKhalil-Boustani, alors que la tuyauterie du territoire libanais fuit, est absurde. La vidéo que je partage dans les commentaires le prouve: voilà plus d’un an et demi que l’un des principaux tuyaux d’alimentation en eau potable provenant de Nahr el Barrouk (Mont-Liban), déverse toute son eau dans les profondeurs de la terre entre wadi Chanaï et wadi Majdel-Baana. Les habitants de la région, nachaff temmoun wou henné yiqoulo, weiniyé el dawlé? Ils sont sans eau parce que le tuyau du Barrouk est abimé et non parce qu’il n’y a pas de barrages dans la région du Barrouk !

- Nous nous sommes réjouis du projet d’installation progressive de compteurs d’eau au Liban, car il était absurde en l’an de grâce 2019, dans une région comme le Moyen-Orient, de faire payer l’eau selon le débit et non selon la consommation, comme je le réclamais dans mes articles depuis des années. MAIS nous avons tenu à dire que ce n’est pas suffisant pour passer de la gestion actuelle stupide de l’eau à une gestion intelligente d’une denrée rare, l’or bleu. Il faut aussi maitriser le vol et le branchement illégal sur le réseau public. Vaste chapitre.

- Les ministres et les députés libanais, tawacho sama rabna, nous pompant l’air en nous disant, qu’ils ont réduit le déficit budgétaire à près 7,5%. Smallah wou yékhzel 3ein, quel exploit, les dépenses n’occasionneront qu’un trou de quelques milliards de dollars, c’est tout! Khalsinn el chabibé. Les coupes budgétaires concerneraient en théorie tout le monde. Tu parles ! A regarder de plus près, comme je l’ai expliqué dans un article sur le sujet, une des rares institutions à voir son budget exploser, c’est le Conseil du développement et de la reconstruction (CDR, Nabil el-Jisr & Co), surnommé depuis qu’il est impliqué dans la construction du barrage de Marj Bisri, majlis el enmé2 wal e3mar wal tekhrib. Le budget du CDR concernant les chantiers qui sont en cours d’exécution au Liban passera de 211 milliards LL à 322 milliards LL (215 millions $, c'est beaucoup d'argent !), financés par l'argent des contribuables libanais et des taxes, soit une augmentation de 52,6 % (74 millions $ dans une soi-disant époque de disette). C'est du jamais vu. Et pour faire quoi? Bétonner, el akhdar wel yébiss, et aller saccager une magnifique prairie-vallée au fond d'une vallée située dans le Sud-Liban, en lisière du Mont-Liban, Marj Bisri, pour construire un des plus aberrants barrages de notre temps.

- D’après la page « Save The Bisri Valley أنقذوا مرج بسري », lien dans les commentaires et photo ci-jointe, le CDR vient d’offrir une partie de cette belle prairie-vallée de la contrée où coulaient jadis au temps biblique le lait et le miel aux tronçonneuses d'Abou Afiff Haidar, afin de raser les arbres et vendre le bois, étape nécessaire avant de se lancer dans la construction proprement dite. Selon STBV, le CDR compterait octroyer d’autres permis du même genre à d’autres « confessions » et « partis ». Et avec un culot d’autruche, le ministre de l’Environnement Fady Jreissati (courant Bassil) a affirmé il y a quelques jours : « Nous nous battons aujourd’hui pour préserver ce qui reste de l'environnement sur notre terre ». Où cela, devant le miroir de ta salle de bain? Une protestation est actuellement en cours ce dimanche sur le pont de Bisri, pour dénoncer ce « crime contre la nature libanaise ».

- Alors que le CDR n’est toujours pas en mesure de présenter une étude globale sérieuse sur l’impact de la construction de ce barrage sur l’environnement, une nouvelle étude sismique récente, qui sera prochainement publiée par Tony Nemer dans le magazine spécialisé Engineering Geology (partagée par la page STBV), revient encore sur la stupidité de la construction du barrage de Marj Bisri par le gouvernement libanais. On peut retenir 4 points essentiels :
. Le barrage de Bisri se situera sur une faille sismique active, la faille Roum, qui est en corrélation avec le séisme du 1er janvier 1837 (7,1 sur l’échelle de Richter)
. Le barrage de Bisri est prévu à un endroit qui fut, tenez-vous bien, l’épicentre du séisme du 16 mars 1956 (5,8 sur l’échelle de Richter)
. Le futur lac de Bisri (jusqu’à 125 milliards de kilos) peut avoir un effet direct sur l'induction et le déclenchement de la sismicité : « La future masse d’eau située derrière le barrage prévu de Bisri recouvrira une faille active, avec un potentiel énorme de déplacement de faille... cela peut potentiellement déclencher un séisme majeur pouvant affecter tout le Liban et ses environs. » Bass la 7ayata limann tounadi, tmési7.
. La vallée de Bisri constitue un site très défavorable pour un projet de barrage.

- Aujourd’hui, il est clair qu'il faut cesser sur le champ de gaspiller l’argent public, 1,2 milliard de dollars pour l'aberrant projet, sur une politique de barrage absurde alors que tout fuit au Liban. La priorité absolue est d’une part, à un vaste projet de renouvellement des canalisations d’eau publiques et privées, et d’autre part, à la sensibilisation des Libanais au gaspillage inadmissible de cette denrée rare. Il y a aussi d'autres projets moins couteux et plus efficaces comme la construction de petits lacs et étangs un peu partout au Liban, y compris la transformation du lit de Nahr Beirout et sa dépollution. Avant de dépenser l’argent public sur des projets pharaoniques, coûteux, inefficaces et dangereux, il faut commencer par s’attaquer aux sources du problème : le gaspillage de l’eau.

- « Laisse-moi passer, je te prie, laisse-moi voir ce bon pays de l'autre côté du Jourdain, ces belles montagnes et le Liban. » Celui qui implore Dieu de l’autoriser à franchir la frontière libanaise, n’est autre que Moïse, un migrant du 13e siècle avant Jésus. 3 292 ans plus tard, je ne suis pas sûr que si Dieu lui en donne la chance, que le prophète tiendra toujours à réaliser son rêve. La construction du barrage de Bisri conduira à la destruction de 6 000 000 m2 d’espaces naturels, 1/3 de Beyrouth, 0,06 % des 10 452 km2 du Liban de terres agricoles, de zones fertiles, de sites archéologiques, de vestiges romains, de sites chrétiens, l’ensemble de la faune et toute de la flore de l’une des plus belles et dernières régions libanaises restées encore à l’abri des hideuses mutilations environnementales et des abjectes spéculations immobilières et foncières. Et tout cela dans une zone sismique et pour acheminer une eau polluée aux Beyrouthins. Si la politique des barrages défendue par l'ensemble des ministres et des députés libanais, le Conseil du développement et de la reconstruction et la Banque mondiale n’est pas la stupidité incarnée, c’est alors de la corruption à grande échelle.

#أنقذوا_مرج_بسري


jeudi 12 septembre 2019

La « stratégie de défense » du Liban : il faut la chercher entre les calendes grecques de Michel Aoun, la politique de l’autruche de Saad Hariri et la gouttière invisible de Paula Yacoubian (Art.641)


Tout est parti de cette éternelle question que j’entends depuis ma plus tendre enfance et ma première communion avec la guerre civile un 13 avril 1975 : « Et alors, on en est où ? » C’est pire que la question typiquement libanaise ‘chou fi ma fi’ (littéralement « qu’est-ce qu’il y a et il n’y a pas »). Ne nous fatiguons plus les amis, nous avons passé une grande partie de notre vie à tenter de réussir nos pirouettes. Disons que nous sommes toujours au point de départ, nous avançons sur la pointe des pieds et nous tournons en rond aux sujets du monopole de la détention des armes au #Liban, de la dissolution des milices libanaises et étrangères, du respect de la Constitution libanaise et de l’édification d’un État libanais digne de ce nom.

Tour d’horizon pour vous en convaincre où nous nous rendrons à Aboul Kamal sur la frontière syro-irakienne après les raids aériens israéliens sur des cibles hezbollahi-iraniennes dimanche dernier, nous irons à Sour au Sud-Liban pour l’élection législative partielle pour le siège du cowboy du Hezb, Nawaf Moussaoui, qui devrait avoir lieu dimanche prochain, nous prendrons le café dans le quartier d’Achrafieh à Beyrouth et tenterons de percer le secret de l’impeccable denture de Paula Yacoubian, nous déjeunerons au Grand Sérail siège du gouvernement libanais avec le Premier ministre Saad Hariri et nous dinerons au palais présidentiel de Baabda en tête-à-tête avec Michel Aoun, président de la République libanaise.

Au retour de ce tour d’horizon et de ces réunions, vous verrez que « La ‘stratégie de défense’ du Liban : il faut la chercher entre les calendes grecques de Michel Aoun, la politique de l’autruche de Saad Hariri et la gouttière invisible de Paula Yacoubian. » Macha2'allah, wou dawlé ra7 nebné 🤔


lundi 2 septembre 2019

L'attaque menée par le Hezbollah à la frontière entre le Liban et Israël et la riposte de Tsahal (Art.640)


🇱🇧 Balivernes et palabres à part, la sortie dominicale du Hezbollah en Israël et la réunion de Baabda de ce début de semaine nous renvoient à trois certitudes. 🎭

1. Les normes de succès et de victoire du Hezbollah sont toujours fantaisistes et relèvent encore de la mythologie. Selon les sources israéliennes, le Hezb a détruit une « ambulance militaire » en territoire israélien, grâce à un « missile anti-char » tiré dimanche à partir du territoire libanais, sans faire de blessés. Ya di3ann el sarroukh ! Selon la chaine TV du Hezb, al-Manar, info reprise sans brancher par MTV & Co, le véhicule détruit est ni plus ni moins qu’un « char » et il y aurait « des morts et des blessés ». Mais encore, d’après l’aveu de la milice chiite, l’opération n'est pas vraiment liée au crash/explosion de deux drones israéliens dans la Banlieue sud de Beyrouth (25 août), elle constitue plutôt une réponse à l'attaque israélienne menée la veille en Syrie svp, où le Hezb avait perdu deux de ses miliciens! L'opération porte d'ailleurs le nom de ces derniers. Alors question, pourquoi la riposte n’a pas eu lieu à partir du territoire syrien? Eh bien, parce que le Lapin du Golan tient bien son terrier voyons, contrairement aux lapins du pays du Cèdre! 😊

En tout cas, le Hezb crie victoire et s’autofélicite. Et pourtant, selon l’armée libanaise, à la suite de ce tir de missile, l’armée israélienne a arrosé le Sud-Liban par au moins une quarantaine de « bombes incendiaires et à fragmentation », provoquant de nombreux incendies dans une des régions les plus préservées et les plus belles du Liban (photo ci-jointe, de Jalaa Marey, AFP). Israël parle même d’une centaine d’obus et de tirs aériens. Qu’est-ce le Hezb a pu faire pour empêcher le déchainement militaire israélien hier? Rien. Idem dans l’affaire des tunnels transfrontaliers (janvier 2019). Le Hezb a mis des années pour les construire, Israël les a détruits en quelques secondes, sans que le Hezb ne puisse s’y opposer. Idem concernant les dizaines de frappes aériennes sur des cibles chiites libanaises et iraniennes en Syrie, menées avec la plus grande liberté d’action depuis huit ans (2011-2019).

Par la capacité de sa réponse, non seulement Israël agit comme et quand bon lui semble au Moyen-Orient, mais en plus, ses avions et ses satellites survolent la Banlieue-Sud, le fief du Hezb, comme et quand bon lui semble. Depuis 2006, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, est condamné à rester dans l'ombre et aux vidéoconférences de presse préenregistrées. Pas ses ennemis, le PM israélien Benjamin Netanyahou et son adversaire, Benny Gantz, deux fanatiques qui répètent sans cesse vouloir « renvoyer le Liban à l’Age de pierre ».

A ce propos, la guerre de Juillet 2006 a coûté au Liban près de 1 500 morts et une bonne dizaine de milliards de dollars de dégâts et de pertes économiques, soit l’équivalent de près de 50 % de notre PIB de l’époque (c'est donc une grande part de notre dette publique abyssale qui tourne aujourd'hui autour de 85 milliards $ ; notez au passage que le budget de l'Etat libanais pour 2019 comporte encore, 13 ans après, une ligne financière qui lui est consacrée, 20 millions $ à verser pour « compléter le paiement des indemnités de l'agression de juillet » !). Pour Israël le prix à payer était de 160 morts et 4 % du PIB. Et pourtant, pour le Hezb il s'agissait d'une « victoire divine », cherchez l’erreur !

2. La tragicomédie qui se déroule au Sud-Liban actuellement souligne d’une part, l’échec de cette politique de l’autruche à l’égard du Hezbollah adoptée par une frange des leaders libanais dont le Premier ministre Saad Hariri et le chef du Parti socialiste progressiste Walid Joumblatt ; et d’autre part, le fiasco de cette politique de zèle à l’égard du Hezbollah adoptée par une frange des leaders libanais dont le Président de la République, Michel Aoun, et le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil.

Hier, aujourd’hui et demain, la milice chiite libanaise constitue un Etat dans l’Etat, une entité politico-milicienne qui évolue indépendamment et parallèlement à nos forces armées et aux autorités libanaises. Comme l’ont avoué les leaders du Hezb à de multiples reprises, Hassan Nasrallah et Naïm Qassem, pour les questions stratégiques, seul le Guide suprême de la République islamique d’Iran, wali el-fakih, Ali Khamenei, est en mesure de trancher. C'est cette vérité qu'une écrasante majorité de leaders libanais s'obstine à ne pas voir.

3. La « guerre des trois » n’aura pas lieu car les trois protagonistes, Iran-Hezbollah-Israël, n’en veulent pas en ce moment. Leurs intérêts sont ailleurs. Le survol du territoire libanais par des drones israéliens est une grave atteinte au droit international. Mais enfin, du droit international, Israël n’en a cure! Le tir de missile par le Hezbollah est une atteinte flagrante à la résolution 1701. Mais enfin, des résolutions du Conseil de sécurité, le Hezb n’en a cure! Bien qu’ils soient officiellement ennemis, la milice chiite et l’Etat hébreux, ensemble et en chœur, ne respectent ni le droit international ni les résolutions de l’ONU ni la souveraineté du pays du Cèdre. La synchronisation des actes entre le Hezb et Tsahal est édifiante ! Les deux agissent comme si l’Etat libanais n’existe pas. Ils ont tous deux intérêt que cela se perpétue ad vitam aeternam. Telle est l’ironie de l’histoire.

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Parlons peu, parlons bien. La certitude des certitudes ce matin est claire, les ennemis jurés au Moyen-Orient, le Hezbollah, la Syrie, l'Iran et Israël, sont des alliés de facto. A vrai dire, on ne peut pas leur en vouloir. Comment peut-il en être autrement quand les principaux concernés par la souveraineté libanaise, les valeureux dirigeants du pays du Cèdre, Aoun-Berri-Hariri bien sûr, mais aussi l'ensemble des ministres et des députés de la nation, sont des adeptes de la politique de l’autruche et des palabres? Khédo 3a 2art 7aké! Prenez Paula Yacoubian par exemple, ce matin, elle est très préoccupée par la chute du pont métallique à Beyrouth et croit qu'il est facultatif de commenter l'actualité nationale au-delà du quartier de Mar Mikhael. Yi, leich, kheir, chou sarr? Enfin, à chacun son excuse pour éviter de parler de l'anomalie que constitue la situation du Hezbollah au Liban!

Le Liban brûle et tout un beau monde sur son 31 se réunit à Baabda ce lundi pour soi-disant relancer l’économie du pays ! Au début de la réunion le chef de l'État, Michel Aoun, a tenu a dit texto : « Vous connaissez tous la situation économique et financière que nous vivons et face à laquelle les Libanais et la communauté internationale attendent des solutions efficaces afin de stabiliser la situation et d'initier la croissance dans le but d'éviter le pire. » Comme si de rien n'était, on croit rêver! Ironie du sort, surréalisme, commedia dell’arte ou tragicomédie, nous avons l'embarras du choix les amis. Sauf leur respect, nous sommes nombreux à décliner la mascarade de Baabda. Nul besoin de gaspiller l'argent public davantage sur des réunions, des politiques, des experts, des consultants, des conseillers et des balivernes. Soyons nombreux à envoyer ce conseil gratis à tout ce beau monde réuni à Baabda : « Comme vous la dit Gibran Khalil Gibran dans le passé, vous avez votre Liban et nous avons notre Liban. Vous pouvez tout privatiser, la terre, la mer et l'air, mais pas la souveraineté. Tant que vous continuerez à le faire, l'économie libanaise restera archaïque et votre République ne sera qu'une ferme qui n'aura la confiance de personne, ni des Libanais ni du reste du monde. » 🤫


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